Les mots qui ont fait cette rentrée 2015…

Proactif.

Depuis quelques années, le discours dominant dans le monde du management use et abuse de l’adjectif « proactif ». On attend assurément ainsi dans l’entreprise d’un collaborateur qu’il soit proactif.

Etre proactif, c’est prendre en mains, anticiper (pro), prévenir un risque notamment. L’attentiste ne fait rien…comme son nom l’indique, il attend. Le conformiste n’agit qu’en conformité avec une action antérieure…Le réactif n’a pas d’initiative, il ne fait que répondre. Bref, seul le proactif se projette et manifeste une réelle capacité d’innovation et d’initiative.

 

Océan Bleu :

Nouvelle édition du « best seller » de W. Chan Kim et de Renée Mauborgne, Stratégie Océan Bleue, qui depuis 2005 révolutionne le marketing.

Plus de trois millions et demie d’exemplaires vendus et un succès tel que l’expression est aujourd’hui lexicalisée. On parle ainsi aujourd’hui en matière de commerce et de marché « d’océans bleus » et « d’océans rouges ». De quoi s’agit-il ? Il s’agit tout simplement en matière de commerce de créer de nouveaux espaces stratégiques. Le réflexe primitif serait de chercher à reproduire un succès commercial attesté et de s’en différencier un peu, notamment par une politique de prix. C’est ce que l’on appelle le jeu de la concurrence. Ce jeu est un jeu de perdants-perdants, selon Chan Kim et Mauborgne. En effet, il conduit à prélever toujours plus sur la marge et par conséquent à s’appauvrir. Les océans rouges, ce sont ces espaces de concurrences acharnées. Or seule une stratégie disruptive qui surprend le marché, une série d’innovations utiles, bref  une nouvelle offre de valeur peut aujourd’hui rapidement générer de la croissance et du profit. Ces innovations utiles constituent des océans bleus. Il s’agit d’inciter à créer de nouvelles demandes plutôt que d’entrer dans le jeu féroce de la concurrence. Tout est dans le slogan de Apple : « Think different ».

 

 

Séquence :

Aujourd’hui les journalistes parlent volontiers de « séquences politique » pour désigner une succession d’incidents  et d’interventions qui sont liés à un même évènement politique. Le choix de ce terme est-il innocent ?

Une séquence, c’est une série d’éléments liés les uns aux autres, c’est un tout au sein d’un ensemble plus vaste. Le mot s’emploie dans des contextes très variés. On parle de séquence au cinéma, dans le domaine de la narratologie, de la pédagogie, ou encore de l’informatique. Dans tous les cas le mot dit à la fois l’achèvement : c’est fini, bouclé, terminé. Mais il s’agit également de fiction. Ce que suggère l’usage du mot séquence, c’est la mise en scène, la fiction et donc l’artifice. Ce sont évidemment les « communicants professionnels » et les journalistes qui façonnent ces « séquences politiques », mettant en scène pour la dramatiser une vie politique particulièrement terne et linéaire.

 

 

 

RSE :

Depuis quelques années on observe dans les entreprises françaises  une volonté de contribuer aux enjeux du développement durable. Elle s’exprime à travers cette RSE, cette Responsabilité Sociétale des Entreprises.

Le concept est importé des Etats Unis. Là-bas il prend le nom de Corporate Social Responsability. Il s’agit pour les entreprises qui souhaitent le faire savoir de reconnaître les impacts environnementaux, économiques et sociaux de leur activité. D’en tirer les conséquences et d’agir, partant, pour corriger, compenser, rééquilibrer … La philosophie de ce volontarisme tient dans la célèbre formule : « agir local, penser global ».

La RSE produit des certifications, des normes qui font partie intégrante des stratégies de communication des grandes entreprises du monde d’aujourd’hui.

Exemple : au nom de la RSE une entreprise peut communiquer sur le fait qu’elle s’engage à ne plus utiliser le support papier ( problématique de la déforestation) et à généraliser l’usage du digital…

Prise de conscience éthique ou stratégie marketing nouvelle ? peut-être les deux…

 

 

Glamping.

Une nouvelle tendance s’affirme cet été en France en matière de vacances et particulièrement de camping !

Envie de passer une ou plusieurs nuits dans une roulotte, un tipi ou même pourquoi pas une yourte ? Vous êtes fait alors pour le « glamping », cette forme nouvelle du camping qui associe à l’originalité du mode de campement le respect, de fait,  d’une nature au sein de laquelle se lovent les éco-touristes soucieux  de prendre des vacances en contribuant à protéger l’environnement. C’est aussi l’occasion de vivre « à l’ancienne » le temps d’une semaine et de se plonger « into the wild », de s’offrir une expérience atypique, dans un logement « alternatif » écoresponsable ( rien que du « politiquement correct » !) mais sans l’inconvénient de l’inconfort. Car il ne faut pas l’oublier, « glamping » est un « mot-valise » ( encore un !), forgé à partir de « camping », pour la deuxième syllabe et de « glamour », pour la première. Le « glamour », c’est le charme, le prestige, l’enchantement….C’est l’écologie pour CSP+…

 

Yuccie.

Juin 2015 : l’écrivain new-yorkais David Infante annonce la fin des hipsters et l’avènement du YUCCIE.

Le mot est un acronyme,  construit à partir de « Young Urban Creatives » («Jeunes Citadins Créatifs »). Il s’agit d’une nouvelle « caste » entre « hipster » et « Yuppie » qu’Infante définit précisément : une partie de la génération Y, née dans le confort de la banlieue, endoctrinée par le pouvoir transcendant de l’éducation et contaminée par la conviction que l’on ne doit pas seulement chercher à vivre ses rêves mais à en tirer profit. On l’a compris, le YUCCIE a pour modèle Mark Zuckerberg : il cherche à faire fructifier son capital culturel pour en faire un capital économique. Plus vénal que le hipster, plus cultivé que le Yuppie, il incarne la réussite d’une éducation d’élite qui adhère avec cynisme aux valeurs de la société individualiste et libérale. C’est à l’évidence un sous-groupe ultra minoritaire de la génération Y.

 

 

Alumni.

Depuis quelques années, les associations d’anciens élèves prennent le nom générique d’Alumni. Pourquoi ?

De fait, l’usage de plus en plus répandu en France  du mot « alumni » est tout-à-fait étrange…voire illégal, si l’on se réfère notamment à la loi d’août 1994 sur l’utilisation des xénismes (emprunts étrangers)…hors la loi donc ces « alumni » mais aussi hors de propos.

Tout d’abord parce qu’il n’y a aucune raison de ne pas continuer à employer l’expression « Association des Anciens Elèves »,  en vigueur et apparemment intemporelle, que l’on pouvait presque croire indémodable, un classique de la nomenclature des Ecoles, désignant ce regroupement de condisciples, ce réseau relationnel, affectif, financier, pour ne pas dire mémoriel que concrétisent réunions, conférences, bals et publication d’un annuaire.

Sauf que les « alumni » sont passés aussi par là. Qu’est-ce qu’un « alumni » ?  Aîe ! Première bévue : ça n’existe pas un « alumni » …on devrait dire au mieux un « alumnus », parce que c’est du latin et qu’en latin, selon la seconde déclinaison des noms masculins, « alumni » signifie « élèves »… au pluriel. Mais pourquoi le latin ? En réalité, c’est par imitation des universités britanniques et américaines où, depuis le XIXème siècle, les Associations d’Anciens Elèves ont pris le nom d’ « Alumni Associations »

 

 

 

                                                                            Migrants.

Depuis des mois les européens accueillent plus ou moins gracieusement des dizaines de milliers de « migrants » venus de Syrie ou bien d’Afrique du Nord.

Les oiseaux migrateurs le savent bien, « migrer » du latin « migrare », c’est changer de région. Il y a toutes sortes de migrations…La migration des saumons, c’est la  « montaison ». La migration des troupeaux qu’on appelle « transhumance ». La migration des leucocytes prend le nom de diapédèse, quand il s’agit d’un caillot sanguin, on parle alors d’ »embolie » etc. Ces déplacements sont accidentels ou périodiques. Evoquer par conséquent les « migrants » pour désigner ceux qui fuient la guerre et qu’on pourrait alors appeler « réfugiés » (et non « fugitifs », mot dont les connotations judiciaires sont très nettes), c’est choisir de passer sous silence leur humanité et de ne considérer que le mouvement, le déplacement. Ce que renforce d’ailleurs la forme en –ANT, l’adjectif verbal. « Ça » bouge, « ça » se déplace et c’est inquiétant, envahissant ( à ce propos, les envahisseurs sont aussi des migrants). Bref ces « migrants » une fois stabilisés, parvenus à leur destination inconnue deviendront des « immigrés », ils auront migré à l’intérieur (in) d’un territoire. Mais c’est une autre histoire…

 

 

 

                                                                               Chiller

C’est le dernier anglicisme à la mode, obtenu par transposition du verbe « to chill out » dans le premier groupe des verbes français, à l’infinitif en –er.

Etrange évolution : « to chill » signifie « refroidir », « glacer », « donner le frisson »…on est donc loin de l’usage en franglais de « chiller » qui signifie « se détendre », « se relaxer », « se la couler douce ». On va ainsi « chiller » toute la soirée dans son canapé devant une série TV, par exemple…

Le détour par l’expression « to take the chill of something » est nécessaire. Il s’agit alors d’une périphrase qui signifie: dégoudir  (un muscle), tiédir ( l’eau du bain) ou encore chambrer ( un vin). Bref cette périphrase que reprend de façon plus synthétique « to chill out » dessine une carte du confort, du plaisir physique que l’on obtient en « baissant la température », en réduisant la « surchauffe », celle de l’activité quotidienne. D’où notre « chiller »…

 

                                                                                  Cop21

La France accueille du 30 novembre au 11 décembre 2015 la « Cop 21 »…

C’est une dénomination bien mystérieuse, aux allures de code et qui désigne tout simplement la vingt- et-unième Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il s’agit d’obtenir un accord international pour que soient décidées et appliquées, dans tous les pays du monde, des mesures permettant de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C, réchauffement au-delà duquel les pires conséquences écologiques et humanitaires sont à craindre. Il y aurait donc urgence…sauf que l’expression même de « cop 21 » fait de ce point de vue frémir : se sont tenues précédemment déjà vingt Conférences sur le sujet…avec les résultats que l’on connaît…

 

 

                                                                        Déloyal.

L’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter est accusé par la Justice hélvétique d’avoir effectué au profit de Michel Platini le versement « déloyal » d’une importante somme d’argent. 

Nous attendions sans doute l’emploi du mot illégal ou illicite et « déloyal », d’une certaine manière nous surprend, quasiment comme un archaïsme. Pourtant au sens strict, déloyal qui s’oppose à loyal signifie «  qui n’est pas conforme à la loi ». Mais le mot s’enrichit de nuances que la variété de ses usages impose. En effet, la loyauté implique aussi la fidélité à des engagements, le dévouement, l’honnêteté, la probité. La loyauté, c’est aussi le respect des lois de l’honneur. Bref, on l’aura bien compris : illégal est un constat, déloyal une véritable condamnation morale. C’est que – on aurait tendance à l’oublier- il était au départ question de sport …

 

 

 

                                                                                 Race.

Fin septembre : la députée européenne Nadine Morano affirme que la France est un pays de « race blanche ». Le monde politico-médiatique s’embrase. Condamnée par tous, N. Morano est sanctionnée par son propre parti qui lui retire la tête de liste aux élections régionales. Race, le mot qui fâche ?

Si l’on entend encore parler de « race » pour distinguer au sein de l’espèce humaine des groupes d’hommes selon des critères morphologiques (forme de visage, couleur de la peau, cheveux etc.), c’est toujours impertinent. Les scientifiques refusent depuis longtemps d’accorder le moindre crédit à ce concept qui a servi depuis le XIXème les idéologies les plus destructrices. Parler de « race blanche », c’est donc se tromper. Mais c’est aussi glisser plus ou moins subtilement vers une attitude, un comportement fondés sur une doctrine, le racisme. Cette dernière ne se contente pas d’affirmer qu’il y a des races mais elle opère aussi un classement parmi ces races, ou en tous cas une classification selon des qualités ou des défauts inhérents à chacun des groupes discriminés. Le philosophe Vladimir Jankélévich définit ainsi le racisme comme la doctrine qui conduit à juger les hommes non pas pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont, par nature…Il ne faut toutefois pas confondre le racisme, qui se traduit pas des comportements,  et le « racialisme », un discours prétendument « scientifique ». Le racisme repose sur un certain nombre de croyances : la continuité entre le  physique et le moral, les différences physiques devant inévitablement se traduire par des différences culturelles ; la prévalence de l’action du groupe sur l’individu, l’idée que les caractères communs s’imposent.

 

 

 

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