Les mots qui font l’actu…février 2015.

                                                                                       Ninisme.

Retour d’un grand classique de la politique française : le 8 février 2015, pour le second tour de l’élection législative de la 4ème circonscription du Doubs, la tentation est grande pour certains militants UMP déçus de n’avoir pu maintenir leur candidat au second tour d’en appeler à un « ni l’un…ni l’autre… », ni le socialiste Frédéric Barbier, ni la frontiste Sophie Montel. Voici à nouveau la doctrine du « ninisme » qui revient en politique. Nul doute que sa fortune est faite dès lors qu’un jeu à deux est devenu un jeu à trois.

On impute à François Mitterrand la paternité de la posture, en 1988, lorsqu’il déclarait : « Ni nationalisation, ni privatisation », pour indiquer qu’il ne souhaitait rien changer. Mais lui-même l’empruntait aux radicaux modérés de la Troisième République et à leur mot d’ordre : « Ni réaction, ni Révolution ». S’agit-il au fond de ce qui pourrait relever de la neutralité ? Après tout, en latin, « neuter » signifie « ni l’un…ni l’autre… » Sauf évidemment que la neutralité n’est pas neutre et que, comme l’indique à plusieurs reprises Jean-Paul Sartre, ne pas choisir est un choix, peut-être d’ailleurs le plus lamentable, celui du vainqueur quel qu’il soit. Roland Barthes ira, quant à lui, dans un article célèbre de Mythologies, jusqu’à faire du « ninisme » une idéologie, fondée sur la révocation bourgeoise de la réalité :

C’est plutôt une figure de mythe bourgeois, car elle ressortit à une forme moderne de libéralisme. On retrouve ici la figure de la balance : le réel est réduit à des analogues ; ensuite on le pèse ; enfin, l’égalité constatée, on s’en débarrasse.

A mobiliser évidemment dans une réflexion sur l’engagement !

 

 

                                                                                            Barbie

Barbie, c’est fini…Bryan Stockton est brutalement licencié fin 2014 de son poste de Directeur Général de Mattel : -45% de chiffre d’affaires et symbole entre tous…A la célèbre poupée Barbie, les petites filles ont préféré, ce Noël-ci, Elsa, la « Princesse des neiges » !

Barbie était devenue une légende ; à plus de 55 ans – elle est née en 1959 – cette petite poupée aux mensurations contestables, miniaturisation des clichés de la beauté féminine selon les standards d’Hollywood ( pour le faire court : blonde à gros seins, vêtue de rose) qui portait le prénom de la fille des deux créateurs de Mattel, Ruth et Elliot Handler, avait généré plus d’un milliard de dollars de chiffre d’Affaires. De fait, si sa diffusion avait très largement contribué à l’aliénation en masse des petites filles à une image très réductrice de la femme et de son rôle social, en revanche Mattel s’était efforcé de s’ouvrir à la « diversité » des beautés d’aujourd’hui et s’essayait, pour rester dans l’époque, à des représentations métissées, voire franchement ethniques. Barbie nous rappelait ainsi que le jeu est une pédagogie et qu’on apprend la vie en imitant celle des parents par jouets interposés. Sauf qu’à présent, les petites filles n’ont peut-être plus envie de devenir un jour des Barbie…

Et si tout simplement Barbie avait été en fin de compte victime de son ignorance ?

Ignorance de ce que « poupée » signifie : « pupa » en latin, « petite fille »,

Une réflexion sur l’éducation, le genre pourra accueillir les déboires de Barbie dans le corps de son argumentation.

 

 

                                                                                              Disruptif.

Le Directeur Général d’Uber  déclare : Nous fournissons un service disruptif qui mérite rémunération. Qu’est-ce à dire ?

De fait, l’adjectif disruptif ou le substantif « disruption » reviennent de plus en plus dans le discours, celui des commerciaux, des « communicants », des politiques.

Si l’on s’en tient à l’électricité, il s’agit d’une décharge électrique qu’accompagnent des étincelles. Si l’on passe par l’anglais « disruptive », on obtient, ce qui est bien naturel …un anglicisme dont la signification pourrait être : « perturbant ».

En fait le mot est aujourd’hui à la mode  pour l’usage qu’en fit le premier le publicitaire JM Dru, président de TBWA. Il s’agit d’une création – on parle souvent « d’innovation disruptive », « d’impact disruptif »- …à contre-pied. Il faut en effet créer une rupture et communiquer de façon totalement originale de façon à « casser » les conventions attachées au produit dont on fait la promotion. Cette stratégie de rupture s’opère en trois temps : il faut tout d’abord repérer les clichés, les stéréotypes attachés au produit ou à la marque puis bien définir la nouvelle vision que l’on veut imposer. Enfin déterminer quelle convention il faudra casser pour imposer cette vision .

Un sujet sur la communication, le progrès, l’invention, le changement paraît ici intéressant.

 

 

                                                                                           Pegida.

Chaque lundi à 18.30 durant l’automne 2014,  furent organisées à Dresde des manifestations  pour protester contre « l’islamisation » de la société allemande. A l’initiative de ce mouvement : Pegida, emmené par Lutz Bachmann.

 

Pegida est un acronyme: « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident. » Ce mouvement a été depuis largement discrédité et condamné par les autorités allemandes, notamment à la suite de la diffusion de photos  de Lutz Bachmann « déguisé en Hitler », et il ne mériterait guère une seconde d’attention s’il ne devait être corrélé à un certain nombre d’évènements ( littéraires ou politiques) qui reprennent ce thème de l’islamisation et en font une de nos « nouvelles peurs ».

On pourra penser notamment au dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, qui imagine  l’élection en France d’un président de la République musulman ou encore la création de partis politiques musulmans présentant des candidats  aux élections générales et régionales.

A prendre en compte dans une réflexion sur la laïcité, la peur de l’autre, l’intolérance etc.

 

 

                                                                                        Défacement.

Anonymous, en réponse aux attentats du 7 janvier à Paris, procède au « défacement  » des sites islamistes que l’organisation et ses Hackers parviennent à identifier.

Voilà un néologisme, un vrai : il n’est pas encore entré dans l’usage ,ni dans le dictionnaire.  Il s’agit d’un anglicisme qui désigne un type de cyber- attaque. Il ne s’agit plus désormais de pirater des données mais bien de paralyser le site, de la dérouter ou bien d’en modifier la page d’accueil. On estime à 25 000, l’an passé, le nombre de ce type d’attaque d’un genre nouveau. Il faut y voir, selon les spécialistes une réaction à la saturation des données qui caractérise désormais le web ( « Cloud », Big Data). Cette fois-ci on efface des données, on n’en produit plus, on ne cherche plus à en acquérir.

A mettre en rapport avec les nouvelles technologies mais aussi avec les nouvelles formes de piratage et de terrorisme.

 

 

                                                                                             Syriza.

Syriza remporte les élections législatives en Grèce, soit 149 siège sur 300.

A nouveau un acronyme : « Coalition de la gauche radicale ». De fait, il s’agit bien d’une coalition : ils sont treize partis à se retrouver dans une lutte commune contre l’austérité drastique imposée par Bruxelles au peuple grec. Mais ces coalisés sont unis derrière la figure charismatique d’Alexis Tsipras, le nouveau jeune premier ministre. Euroscepticisme et laïcité sont désormais au programme : cette victoire – quelle que soit la suite – donne à nouveau à croire que des choix politiques sont en Europe possibles ou plus exactement que l’Economie n’a pas tué la politique, cette dernière « bouge encore ».

Evidemment politique et engagement mobilisent à nouveau cette référence.

 

 

 

 

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