Qu’est-ce que la Véracité ?

La véracité, c’est, en quelque sorte, la vérité que l’on croit. C’est bien de l’intention caractérise les personnes, celles qui ne sont pas trompeuses.
Si la notion de vérité s’applique, nous l’avons vu, à des énoncés, la véracité dont il est question, l’intention de dire la vérité et de l’exigence morale qui s’y trouve attachée.. ainsi pour Kant : La véracité est un devoir formel de l’homme à l’égard de chacun. Ce qui nous reconduit au débat Constant-Kant. Au philosophe allemand pour qui la véracité est un devoir absolu et inconditionné l’homme politique français répond : Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était pris d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Benjamin Constant est catégorique : Tout le monde n’a pas droit à la vérité.

« … Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. »
Tels sont quasiment les derniers mots sur lesquels Emile Zola achève son célèbre réquisitoire publié à la Une du quotidien « L’Aurore », le 13 janvier 1898, sous le titre « J’accuse.. »
Cette lettre ouverte au président de la République Félix Faure vise à dénoncer l’injustice et l’erreur judiciaire dont Alfred Dreyfus est depuis 1894 la victime. L’innocence de Dreyfus, la vérité enfin reconnue, prophétise Zola, éclateront comme une bombe, une bombe qui fera voler en éclats le mensonge d’Etat.
Zola n’invente pas, bien-sûr, la métaphore, il se l’approprie : depuis longtemps déjà la langue nous parle de « faire éclater la vérité ». La vérité dynamite les faux-semblants, les préjugés, les apparences trompeuses en même temps qu’elle « éclate » en un feu d’artifices .
« …elle fait tout sauter avec elle… » écrit Zola.
Cette dramatisation de la vérité et la violence destructrice qui en accompagne la révélation gagnent en intensité dans le cadre du prétoire, théâtre où se joue précisément la tragédie des faux-semblants mais elle opère aussi dans le contexte de l’enquête, de la recherche de ce qui vraiment a eu lieu, de l’identité d’un criminel.
A l’exemple historique de l’Affaire Dreyfus, on pourrait substituer la catastrophe sur laquelle s’achève Œdipe Roi de Sophocle : la vérité brûle la conscience d’Œdipe qui se crève les yeux de désespoir, comme pour ne plus avoir à en supporter l’éclat.
Dans les deux cas, la vérité est une révélation, un dévoilement, le dévoilement de ce qui est. C’est d’ailleurs ainsi que les Grecs la pensent, cette vérité, à la fois dans ce mouvement de découverte : quelque chose est caché, dissimulé, recouvert et dans ce qui se révèle alors une fois le voile levé, la surface lisse et cosmétique des apparences déchirée. C’est ce qui est, la vérité.
Le vrai s’impose une fois violence faite au Faux, en quelque sorte.
Ce qui nous rappelle d’une part que la vérité n’est pas immédiate, qu’elle n’est pas donnée, qu’il faut peiner pour l’appréhender, qu’elle fait l’objet d’une quête, d’une recherche douloureuse : Zola y perdra le confort douillet de son existence bourgeoise – il lui faut s’exiler en Angleterre entre deux procès il finira même par y perdre peut-être la vie (des éléments troublants entourent sa mort qui peuvent laisser croire à un assassinat)- Quant à Œdipe…

Et puis d’autre part, tout cela nous rappelle aussi que le moment de vérité vient « après-coup », dans un deuxième temps, comme si d’abord il y avait quelque chose qui l’empêchait, comme si notre nature nous attachait par principe à l’illusion, à l’erreur, au préjugé, et au mensonge, … comme si notre esprit n’était pas fait pour la vérité, comme si se dressait entre notre aspiration au Vrai et la Vérité l’obstacle de notre propre nature, celui de nos sens, de notre opinion.
La Vérité, dans le contexte précis des exemples qui précèdent, est annoncée à l’occasion d’un jugement, celui d’un tribunal ou bien celui d’un homme qui assemble contre lui-même des preuves. Dans les deux cas, la vérité consiste en un jugement vrai sur ce qui s’est passé, les « fuites » de l’Etat-Major français, la mort du vieux Roi Laïos. L’innocence de Dreyfus et la culpabilité d’Œdipe sont des faits, des réalités. La vérité, elle, s’établit à travers un discours sur ces réalités conformes à ces mêmes réalités.
Il n’y a du vrai ou du faux que dans les jugements, dit Aristote.
Au fond, la vérité est une conformité, ce que l’on appellera bientôt une adéquation entre ce qui est pensé et ce qui est réel. Cette conformité associe les choses et l’intellect, on parlera alors de vérité matérielle. Ou bien quand il s’agira d’une conformité entre un jugement et les règles de la logique, indépendamment de toute réalité , on parlera alors de vérité formelle.

Vérité matérielle…Vérité formelle… c’est une première distinction qui en appelle d’autres.

On a vu ainsi que la notion de vérité ne s’applique qu’à des énoncés.
Lorsqu’il s’agira désormais d’évoquer des personnes dont le propre serait de se refuser toujours au mensonge ou à la tromperie, on parlera de véracité.
En ce sens Kant évoque la véracité comme : un devoir formel de l’homme à l’égard de chacun.
La véracité est, pour cette raison, la condition du lien social.

Quant au mot « Vrai », pour en terminer avec ces premières définitions, lorsqu’il n’est pas substantivé – le Vrai par opposition au Faux – et qu’il joue pleinement son rôle d’adjectif trouve une signification bien particulière :

Quand je déclare à propos d’un roman policier « ça, c’est un vrai polar », que l’on réclame de vivre « une vraie vie » ou que l’on prétend avoir rencontré « des vrais gens », l’adjectif « vrai » fonctionne comme un degré de signification et d’intensité…
Une « vraie vie » c’est la vie telle qu’on imagine qu’elle devrait être …un « vrai polar », c’est un roman policier qui correspond exactement à ce que l’on attend d’un roman policier.

Bref, on retrouve l’idée d’adéquation : cette fois-ci entre la chose et sa finalité.
« La véritable école du commandement est la culture générale »
« La puissance de l’esprit implique une diversité qu’on ne trouve point dans la pratique exclusive du métier, pour la même raison qu’on ne s’amuse guère en famille. La véritable école du Commandement est donc la culture générale. Par elle la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire, d’apercevoir les prolongements et les interférences. Bref de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote. »

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