Une composition d’Histoire intégralement rédigée !

Sujet :L’immigration et la société française au XXème siècle

Corrigé rédigé

 

La France est une terre d’immigration ancienne mais pendant longtemps, les flux migratoires sont restés marginaux dans la croissance démographique française. Même pendant la première moitié du XIXème siècle, les besoins de l’industrie sont assurés par l’exode rural et le reversement du secteur primaire vers le secteur secondaire. Mais, pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, alors que le reste de l’Europe voit sa population presque tripler, celle de la France n’augmente plus : l’industrie française a besoin de main d’œuvre là où les autres pays européens ont besoin de débouchés. Dès lors, l’immigration s’accélère et devient, pendant le XXème siècle, partie intégrante de l’évolution de la société française.                                                                                                                                                                                      Une première définition de l’immigré apparaît en 1878, dans le Dictionnaire des sciences médicales de Bertillon. Il s’agit d’un travailleur qui vient dans un pays, qui entre dans ce pays. Mais jusqu’aux années 1930, le vocabulaire utilisé est davantage celui de l’étranger, celui qui vient d’une autre nation, qui appartient à un autre pays, qui a une langue, des coutumes, des mœurs étrangères. Après 1945, la définition de l’immigré est plus clairement séparée : il est né à l’étranger et vient s’installer dans le pays d’accueil pour une durée de plus de 3 mois. Il n’est donc pas forcément étranger : le cas des immigrés venus des colonies est révélateur, puisque leur territoire est placé sous la souveraineté de la France. Dans les années 1960, l’immigré devient « le travailleur immigré » : l’accent est mis sur son « utilité » et sur le fait qu’il est en France provisoirement.                                                                                                               Dans la première moitié du XXème siècle, l’immigration en France est une immigration de proximité, significative, face à laquelle les Français peuvent se montrer quelque peu hostiles. Puis, pendant les Trente Glorieuses l’immigration devient massive, sans pour autant soulever de grandes contestations. Depuis les années 70, l’immigration, alors qu’elle se stabilise, fait l’objet de débats politiques intenses et d’un rejet grandissant de la part des Français. Comment expliquer ce paradoxe ? Quelle est la place des immigrés dans la société française au XXème siècle et comment leur perception a-t-elle évolué parallèlement aux évolutions de l’ensemble de la société ?

I- A) Contrairement à ses voisins européens, encore largement pays d’émigration, la France devient, au XIXème siècle, une terre d’immigration, sans véritable contrôle aux frontières.  Le pays manque en effet de bras pour l’industrie, la natalité est faible et l’industrie attire peu les paysans ou les artisans quittant leur métier pour la fonction publique ou les chemins de fer. Dès 1891, le pays abrite plus d’un million d’immigrés, installés dans les pays « noirs » du Nord, essentiellement employés dans les mines et la sidérurgie. En 1901, 51% de la population active étrangère travaille dans le secteur secondaire qui n’occupe que 31% de la population active totale. Aux migrations d’origine économique s’ajoutent un certain nombre de réfugiés politiques, comme les Juifs russes qui fuient les pogroms mais aussi les anarchistes italiens. Ce sont les pays voisins (Belgique, Italie- les plus nombreux en 1901-, Espagne, Suisse et Allemagne) qui fournissent les plus importants contingents. C’est d’ailleurs dans les villes des régions frontalières et dans le département de la Seine (Paris) que se concentrent les étrangers selon une logique de proximité.                                                                                                                                                         L’intégration des immigrés reste limitée. Pourtant, la loi de nationalité et de naturalisation votée en 1889 résulte bien d’une logique d’intégration mais celle-ci est difficile pour ceux qui n’ont pas de qualification particulière. Ce sont la durée du séjour et l’enracinement progressif qui facilitent l’intégration pour les enfants nés en France de parents étrangers à la deuxième ou troisième génération. La République compte sur l’école, le mariage et sur le travail pour intégrer les enfants des travailleurs immigrés et en faire des Français capables de travailler et combattre pour leur patrie. Toutefois, comme l’a montré l’historien Gérard Noiriel, la volonté politique d’intégrer les immigrants est beaucoup plus limitée qu’on ne le pense. Les immigrés et étrangers sont régulièrement victimes de réaction de rejet. Lors de la Grande Dépression (1873-1895) ils servent de boucs émissaires, comme c’est le cas à Aigues Mortes en 1893. Les comportements xénophobes se poursuivent une fois la croissance revenue comme à Tourcoing en 1900 contre les Belges. Les Italiens, arrivés plus récemment, sont présentés comme des marginaux et des délinquants dans la presse d’extrême-droite. Le reproche principal qui leur est fait est d’exercer une concurrence déloyale vis à vis des travailleurs nationaux, en acceptant des salaires moins élevés et en étant peu revendicatifs face au patronat. La Première Guerre mondiale met fin à la politique libérale en matière d’immigration. C’est le début d’une « immigration choisie » : en 1917 un décret institue pour la première fois une carte de séjour pour les étrangers. 500 000 travailleurs venus d’Europe du sud, des colonies mais aussi de Chine sont recrutés par le ministère de l’armement. 500 000 coloniaux sont également recrutés dans l’armée. Après le conflit, la plupart de ces migrants, qui ont toujours été considérés comme une main d’œuvre et des recrues provisoires, repart.                                                                                                                                                        B) La Première Guerre mondiale tue 10,5% de la population active masculine et entraîne un important déficit des naissances. Le recours à l’immigration devient donc indispensable pendant les années 1920, surtout dans l’agriculture et l’industrie. Ainsi, les Polonais sont principalement envoyés dans les mines de charbon du Nord, les mines de fer en Lorraine. De 46 000 en 1921, leur nombre passe à 508 000 en 1931. Ils représentent alors 19% des étrangers derrière les Italiens (30%) et devant les Belges et les Espagnols. Des réfugiés russes, après les révolutions de 1917, mais aussi des Arméniens, victime d’un génocide pendant le conflit, des Italiens fuyant le fascisme, ou après 1933 des Allemands fuyant le nazisme,  témoignent de l’attrait de la France comme terre d’asile. En 1936, la part des étrangers atteint 7% de la population, soit 3 millions de personnes. Cette augmentation est due à l’assouplissement de la loi de 1889 car, depuis 1927, la naturalisation devient possible dès 18 ans (et non plus 21) et la durée du séjour préalable est passée de 10 à 3 ans. Entre 1927 et 1940, près de 500 000 personnes sont ainsi naturalisées.                                                 C) L’hostilité envers les étrangers est particulièrement visible pendant les années 30. Les « ritals » et les  « polaks » sont accusés de voler le travail des Français, de monopoliser les lits d’hôpitaux et de transmettre des maladies. Leurs mauvaises santé, réelle, est due à leurs conditions de travail et à des logements insalubres. Pour la première fois, l’État cherche à ralentir l’immigration.  Une loi de 1932 protège la main d’œuvre nationale en créant des quotas d’ouvriers étrangers dans les entreprises. En 1934, le départ des travailleurs étrangers sans emplois est encouragé par une aide financière.  En 1935, des centaines de milliers d’étrangers  entrés sans autorisation, des syndicalistes et grévistes, sont contraints au retour. Après la parenthèse du Front populaire, les décrets Daladier de 1938 arrêtent le principe de camps d’internement  pour les étrangers indésirables. Début 1939, l’afflux de 500 000 réfugiés espagnols provoque de vifs débats politiques. Enfermés dans des camps proches de la frontière, ils subissent des conditions de vie déplorables. Dès la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, Pétain accepte de livrer les réfugiés allemands aux nazis, bafouant le droit d’asile. Le gouvernement  de Vichy met en place une législation antisémite et raciste : une loi est instituée en juillet contre tous les étrangers non juifs considérés comme en « surnombre dans l’économie nationale ». Ainsi, les personnes nées de père étranger sont exclues de la fonction publique puis des commissions de dénaturalisation sont mises en place (15 000 perdent leur citoyenneté française). Le 3 octobre, le premier statut des Juifs les exclut de la fonction publique et des médias. Ils sont internés dans des camps, aux côtés de réfugiés espagnols. A partir de 1941, le gouvernement organise des rafles de Juifs, étrangers d’abord, puis sans distinction de nationalité. Entre  1936 et 1946, le nombre d’étrangers est passé de près de 3 millions à 1,7 millions. Durant cette dizaine d’années, et pour la seule fois au XXème siècle, la France n’est plus une terre d’accueil. Elle le redevient à la décennie suivante, à la faveur d’une croissance économique soutenue et sans précédent.

 

II- Dès 1945, pour reconstruire le pays et soutenir l’activité économique, l’immigration est relancée : on entre dans une ère d’immigration de masse.                                                                                                                       A) Deux ordonnances définissent la politique de nationalité et d’immigration. La première définit le Code de la nationalité française et fixe à 5 ans la durée du séjour nécessaire avant de pouvoir demander la naturalisation. La seconde définit trois statuts différents : les résidents temporaires (séjour limité à 1 an), les résidents ordinaires (3 ans), les résidents privilégiés (10 ans). Tous doivent avoir un contrat de

travail, des garanties de logement et un certificat médical. L’ONI, office national de l’immigration est crée pour recruter des travailleurs étrangers et favoriser le regroupement familial. Malgré tout, pendant les dix années qui suivent la guerre, le nombre d’étrangers en France évolue peu. En effet, la reconstruction est lente et nombreux sont les étrangers à repartir dans leurs pays : Russes blancs, Polonais, Belges et 470 000 sont naturalisés. Les départs sont compensés par l’arrivée d’Italiens mais surtout d’Algériens qui passent de 22 000 en 1946 à 210 000 en 1954. La période 1954-1975 est exceptionnelle dans l’histoire de l’immigration en France. La population étrangère double, passant de 1,7 à 3,4 millions. Les nouveaux migrants viennent souvent d’Europe, surtout d’Espagne et du Portugal, puis, dans les années 1960 les flux migratoires proviennent essentiellement des anciennes colonies françaises d’Afrique du Nord et notamment d’Algérie.  Les immigrants occupent le plus souvent les emplois les moins bien payés, les plus pénibles et dangereux, comme manoeuvres et ouvriers spécialisés (60 % des ouvriers étrangers en 1975) dans les secteurs les moins attractifs (industrie lourde, bâtiment, agriculture) ce qui entraîne une pression sur les salaires des autres OS. Les femmes travaillent surtout dans le secteur des services, comme concierges ou femmes de ménage.                                                                                                                        B) La précarité économique des étrangers conditionne leurs modes de vie et notamment de logement. Lors de chaque vague d’immigration massive, les migrants doivent accepter de vivre dans des logements de fortune, insalubres, des baraquements. En 1956, la société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leur famille (SONACOTRA) est créée pour régler ce problème, mais elle est insuffisante pour faire face à l’afflux de nouveaux travailleurs. Ce sont aussi parfois les entreprises qui prennent directement en charge le logement de leurs ouvriers comme Chrysler à Poissy. Mais,  dans les années 60, plus de 40% de la communauté algérienne en France vit dans des bidonvilles comme celui de Nanterre (20 000 personnes). Entre 1959 et 1967 sont donc créées des zones à urbaniser en priorité, les ZUP. Il s’agir d’y construire des logements collectifs (grands ensembles), bâtis dans l’urgence, afin de résorber les bidonvilles et les taudis. Les conditions de vie s’améliorent mais elles n’en demeurent pas moins précaires, les habitants de ces zones se trouvant isolés et parfois ghettoïsés.  A ces difficultés s’ajoutent le sentiment de déracinement ressenti par beaucoup d’immigrés : isolement, barrière de la langue et de la culture. L’écart se creuse entre les immigrés et la classe ouvrière française qui accède à la consommation de masse.                                                                                                                                                                        C) L’intégration se poursuit pour les enfants nés de parents étrangers grâce à l’école en particulier. Les questions religieuses ne posent alors pas de problème : les pratiques, notamment de l’Islam, se font en privé. Grâce à l’école, l’intégration se généralise pour les populations d’origine européenne ; elle pose en revanche des problèmes pour les autres. Le cas Algérien est significatif : avec la guerre d’indépendance, l’immigré algérien fait peur. De plus, l’afflux des Pieds Noirs, des Harkis puis d’autres Algériens à partir de 1962 inquiète la population. L’Etat exerce une discrimination entre Pieds-noirs et Harkis, ces derniers étant regroupés dans des camps et ayant des droits limités. Malgré la croissance économique et le plein emploi, les Trente Glorieuses ne sont pas exemptes de xénophobie. L’extrême droite dénonce l’immigration : c’est le cas notamment du mouvement poujadiste qui la présente comme une menace pour le pays (années 54-56) ; Dans les cas les plus graves, des violences sont perpétrées contre les étrangers (ratonnades contre les Maghrébins) comme en 1973 dans le sud de la France. Cette même année, la France subit le choc pétrolier de 1973 et vit une nouvelle étape de son histoire migratoire.

 

III- A) Après l’élection de Valery Giscard d’Estaing à la présidence, deux circulaires de 1974 suspendent l’immigration des travailleurs et l’introduction des familles. Dans le même temps, il est prévu d’accélérer l’intégration des migrants déjà installés en menant une politique de logement favorable aux étrangers, en égalisant progressivement les droits sociaux des étrangers et des Français puis en favorisant le regroupement familial (1976).

Pour faciliter le retour chez eux des étrangers qui le souhaitent, des cours de langue et de culture sont organisés par les autorités des pays d’origine. L’immigration ralentit mais le nombre de demandeurs d’asiles augmente (boat people de l’ancien Indochine), tandis que des familles et des travailleurs arrivent clandestinement. La question des sans-papiers, qui ne se posait pas auparavant puisque les migrants étaient régularisés à postériori, se pose alors. Un dispositif d’aide au retour est mis en place en 1975 (aide financière) mais il rencontre peu de succès. La question du racisme commence à faire débat comme en témoignent des films tels que Dupont Lajoie d’Yves Boisset en 1974, ou la chanson Lilly de Pierre Perret en 1977.

  1. B) C’est dans les années 80 que la question de l’intégration des étrangers, des immigrés et de leurs enfants devient un enjeu politique. Le Front national, né en 1972, la dénonce comme cause essentielle du chômage (la barre des 2 millions de chômeurs est franchie en 1982). Les politiques alors choisies varient en fonction de la majorité. L’arrivée de la gauche au pouvoir permet la régularisation de 132 000 sans papier en 1982. L’expulsion des étrangers nés en France ou arrivés avant l’âge de 10 ans est interdite. Mais la crise plonge la France dans un chômage structurel et les actes de racisme se multiplient. Le discours anti-maghrébins s’appuie sur la rhétorique basée sur l’Islam, religion que certains considèrent comme incompatibles avec les valeurs de la République. Des associations antiracistes voient le jour comme celle des marches pour l’égalité en 1983 ou  SOS racisme en 1984 qui se pose comme chef de fil de l’intégration (et non l’assimilation) et le droit à la différence des minorités d’origine étrangère.

En 1990, le débat se crispe entre la droite et la gauche, à la suite d’un discours de Michel Rocard qui affirme «  La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ».  Certains y voient un tournant politique concernant une partie de la gauche française, d’autres comprennent que la tradition française demeure celle d’être une terre d’accueil, une terre d’asile. Quoi qu’il en soit, que la gauche ou la droite soit au pouvoir, les interpellations des clandestins et le taux de rejet des demandes d’asile politique continuent à progresser. En 1993 le code de la nationalité est réformé lors de la 2eme cohabitation : un enfant né en France de parents étrangers ne devient plus automatiquement Français à sa majorité, il doit en manifester la volonté

  1. C) Depuis 1995 et l’entrée en vigueur des accords de Schengen, la question migratoire est en grande partie devenue une question relevant de la compétence européenne. De plus, le processus de mondialisation a débouché sur l’ouverture du territoire à de nouvelles origines comme la Turquie, la Chine, l’Inde. Les politiques se montrent très hésitantes à l’égard de l’immigration. Ainsi, Jacques Chirac, qui inscrit dans sa campagne présidentielle en 1995 sa volonté de lutter contre l’immigration, veut en même temps célébrer sa présence en créant la cité de l’immigration qui ouvre à Paris en 2007.Le débat s’est déplacé aussi vers la question du repli communautaire, ou communautarisme, notamment des étrangers venus d’Afrique subsaharienne et d’Afrique du nord. Leur intégration serait freinée pour certains par un retour à des pratiques religieuses incompatibles avec les principes républicains. D’où les débats sur les signes religieux comme le foulard islamique à l’école et le port de la burqa.

 

Au cours du XXème siècle, l’immigration s’est enracinée progressivement et durablement dans la société́ française, changeant le visage de celle-ci. Cependant, les périodes de crise économique, que ce soit au cours des années 1930 ou depuis les années 1970 ont fait réapparaitre des tensions révélatrices de l’hésitation des Français à l’égard de l’immigration.  Le débat sur l’identité nationale de 2010 n’a pas apaisé les polémiques, celles ci ont même augmenté du fait de la crise migratoire touchant l’Europe depuis 2014 et les attentats terroristes en France. En juillet 2015 une loi réformant le droit d’asile a été votée pour faire face à l’arrivée de sans papiers en France cherchant notamment  à rejoindre l’Angleterre. Les procédures doivent ainsi, au 1er janvier prochain, être accélérée passant de 2 ans à 9 mois et l’Etat tente de répartir de façon homogène sur le territoire, ceux qui attendent une décision.

F. H. Professeure agrégée d’Histoire, professeure en prépa Sciences Po à Atout Sup

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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