Corrigé du sujet d’Histoire proposé par Florence Holstein, professeure d’Histoire en prépa SciencesPo à AtoutSup

Correction du concours blanc-Histoire      Sciences Po Paris

Stage  Atout Sup de décembre 2013

 

Remarques préliminaires : les sujets proposés ne comportaient pas de difficulté particulière, ayant tous été traités en cours. Néanmoins, malgré de très bonnes copies, certains points doivent être rappelés :

- une orthographe et une syntaxe  irréprochables sont attendues (ex : les Français, les Américains s’écrivent avec une majuscule …le territoire français, adjectif, avec une minuscule- tous les stagiaires font cette faute)

- en histoire, vous énoncez des faits passés : choisissez un temps de la narration. Trop de paragraphes commencent au présent, pour se poursuivre à tous les temps du passé. Il faut se tenir à ses choix de départ (il y a trop de fautes de concordance des temps). N’utilisez pas le futur, si ce n’est lors de l’annonce du plan choisi en introduction.

- la chronologie doit être respectée. L’histoire est une remise en perspective d’événements auxquels il convient de donner du sens, il est donc nécessaire de les replacer dans leur contexte historique et de ne pas confondre l’ordre ou la logique des faits (causes et conséquences).

- si le jury n’attend pas de vous l’exhaustivité, il attend néanmoins un minimum de connaissances et d’exemples qui permettent de faire nourrir votre démonstration. Un bon niveau d’élève de terminale est un minimum ; un concours comme celui de Sciences Po, dont le programme a, de plus, été allégé, exige de l’analyse et de la finesse, une ou deux citations, des nuances, des précisions sur ce que certains historiens peuvent dire du sujet feront « grimper » la note.

- les contre-sens, les erreurs historiques grossières, certains oublis, seront lourdement sanctionnés : écrire que le « Front populaire est au pouvoir dans un contexte de prospérité économique » est un non sens. Etudier un tel sujet sans évoquer les accords Matignon sera lourdement sanctionné. Certains élèves ne maitrisent pas des mots de vocabulaire utilisés en cours comme « législature » qu’ils confondent avec « élections législatives » …Ne pas hésiter à demander des éclaircissements pendant le stage, à vérifier dans un dictionnaire que les notions sont maitrisées pour éviter des contre-sens : Léon Blum ne prend pas son poste de président du conseil aux lendemains des résultats des élections législatives et préfère attendre que la nouvelle assemblée soit réunie (nouvelle législature) pour être investi. Ce vide politique (pendant lequel l’ancien gouvernement reste au pouvoir en assurant l’intérim) entraîne les manifestations (il n’attend pas de nouvelles élections législatives ! elles viennent d’avoir lieu). Le Front Populaire n’est en aucun cas un parti politique. C’est une alliance électorale formée de trois partis politiques dont deux gouvernent (le PCF refusant de participer au gouvernement de Léon Blum mais soutenant son action). Il y a eu moins d’erreurs sur la Résistance (même si des étourderies de fin de devoir sont présentes, pensez à vous relire).

-L’introduction est l’étape cruciale de votre devoir : si tous les stagiaires ont eu à cœur de problématiser leur composition, trop nombreux sont ceux qui ne définissent pas les termes du sujet et ses bornes chronologiques. L’étude de document demandait par exemple que l’on s’attarde sur ce que l’on entend par « dénazification ».

- concernant l’étude de documents : trop de copies ne présentent pas les documents proposés (auteur, date, nature, contexte). Il ne s’agit pas de composer autour d’un ou deux documents mais bien de partir de ces sources pour construire votre argumentation, en les citant, en y faisant explicitement référence. S’ils ne sont pas présentés dès l’introduction, les documents doivent au moins y être évoqués puis être largement présentés et analysés dans votre devoir.

Evoquer l’intérêt et les limites des documents est attendu en terminale, pourquoi ne le serait-il pas le jour d’un concours ? Ces points doivent faire partie de votre démonstration sans pour autant en être l’axe principal (un plan : I- Intérêts II- Limites, est à proscrire).

De plus, la méthode de présentation reste la même que pour une composition : votre étude doit être problématisée, doit suivre un plan clair et construit qui apparaît dans le devoir par des retours à la ligne, des sauts de ligne entre les parties.

 

Plans détaillés des sujets

Sujet n° 1 : La République et la question ouvrière : le Front Populaire

Le Front populaire représente une « expérience » politique originale et constitue un moment charnière de l’histoire de la IIIème République et de la question ouvrière en France.  Sa mémoire reste encore vive aujourd’hui, que ce soit pour le « peuple de gauche » qui véhicule encore sa « légende dorée » ou par ses opposants.

Le Front populaire désigne un rassemblement de plusieurs organisations de gauche, l’alliance inédite entre le parti radical, la SFIO et le parti communiste en 1936.

Dès son origine, le Front Populaire présente  une double particularité : une particularité sociale, car il s’inscrit dans le contexte de la crise économique et de la montée des revendications populaires, et une particularité politique, parce qu’il constitue une alliance préventive de « salut public » pour sauver la République de la menace fasciste.

Le gouvernement dirigé par Léon Blum entre juin 1936 et juin 1937 constitue le moment le plus marquant de cette expérience, mais sa chronologie doit être précisée. L’élan unitaire de gauche commence au lendemain des émeutes du 6 février 1934, pour faire face à la montée de l’extrême-droite. C’est donc une mobilisation qui se veut « antifasciste » lorsqu’elle manifeste le 12 février 1934 pour la 1ere fois. L’expression de « Front Populaire » revient d’ailleurs à Maurice Thorez, qui, dans l’Humanité, appelle à l’union avec les radicaux en octobre 1934 en employant ces termes. L’ensemble des historiens, dont Serge Bernstein, date la fin de ce rassemblement entre octobre et novembre 1938, quand les radicaux refusent de demeurer alliés à la SFIO et au PCF. Mais dès juin 1937, au moment où le gouvernement Blum est renversé, commence alors ce que Serge Bernstein appelle « un processus de lente implosion » qui s’achève à la fin de 1938. Même si l’assemblée qui vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940 est la même qui a été élue en 1936, les clivages et alliances politiques ont changé, on ne peut plus vraiment parler d’assemblée de Front populaire.

Comment expliquer la place encore vive du Front Populaire dans la mémoire collective des Français alors même que ce gouvernement a eut une existence brève et a échoué dans ses projets ?

C’est ce à quoi nous tenterons de répondre à travers l’étude de la formation, de l’œuvre et des difficultés de cette expérience politique originale.

 

Plan proposé  (qui reprend point par point le cours)

I- La formation du Front populaire

A- La construction d’une alternative politique : le Rassemblement populaire

B-  …. parvient au pouvoir après sa victoire électorale

II- L’oeuvre du Front populaire

A- Les réformes sociales transforment les termes du contrat social.

B- Les réformes de structure et une nouvelle méthode de gouvernement

III-  Les difficultés et l’échec du Front Populaire

A- Une application des réformes décevante

B- … et un contexte défavorable

 

Le Front populaire a été remémoré en fonction de contextes nouveaux et dramatiques qui, par contraste, ont redoré son image malgré son échec. L’Occupation et le régime de Vichy ont ainsi contribué au développement d’une mémoire positive du Front populaire alors que les principales mesures de celui-ci ont été annulées par l’Etat Français.  À la Libération, y compris sous le GPRF, une bonne partie des réformes qui avaient été envisagées mais qui n’avaient pas été votées constituent le socle de la reconstruction de la France (nationalisations, Sécurité  sociale, planification).

Le Front populaire fait figure de référence pour la gauche française de la seconde moitié du XXe siècle comme l’avait été auparavant la Commune de Paris. Il y a donc une victoire posthume du Front populaire qui a vu son importance croître bien au-delà de son impact réel sur la France de 1936.

Le gouvernement du Front populaire marque également un moment privilégié où les identités, à la fois professionnelles, sociales et culturelles des milieux populaires ont définitivement basculé de négatif au positif. Cela explique la place vive que cette période occupe dans notre mémoire collective et légitime sa place dans l’histoire de notre république, comme fondateur de la France d’aujourd’hui.

 

 

Sujet 2 : La résistance : ses combats et son rôle dans la refondation républicaine

 

Nb : il convient ici de synthétiser le cours sur l’occupation mais de développer la refondation républicaine jusqu’à la mise en place de la IV eme République

 

Le Chagrin et la Pitié, film de Marcel Ophuls, met en scène, en 1973 une France divisée pendant l’occupation, rompant ainsi avec le mythe d’une France toute entière résistante pendant la seconde guerre mondiale.

La Résistance française naît de la défaite militaire de mai 1940 et de la signature d’un armistice par le maréchal Pétain. Dès lors, alors qu’une majorité de Français est attentiste ou s’accommode de l’occupation et d’une dictature personnelle, l’Etat français, de petits groupes s’organisent clandestinement pour résister à l’occupant et combattre un régime qui collabore avec l’ennemi, tandis qu’à Londres, le général de Gaulle tente de jeter les bases d’un Etat résistant. La libération de la France permet à cette résistance unifiée et organisée de devenir, en 1944, le gouvernement légitime du pays.

Comment les combats de la résistance cherchent-ils à rétablir des principes et des valeurs républicaines bafoués par l’occupation nazie et la politique du régime de Vichy ?

Nous verrons qu’après des débuts difficiles, où l’occupation allemande et l’Etat français se mettent en place (I), les résistants parviennent à s’organiser malgré la répression organisée par ces ennemis (II) et participent à la refondation républicaine à la Libération du pays.

 

I- La Résistance naît de la défaite et de la mise en place du régime d’un Etat anti-démocratique

A-La débâcle de 1940 entraine la mort de la IIIème république

B- ..et la mise en place de l’Etat français

C- …régime anti-démocratique dont la Résistance nie la légitimité

 

II- La Résistance s’organise pour faire face à la radicalisation du régime de Vichy et de l’occupant

A- Les modalités de l’occupation se durcissent …

B- et entraînent l’organisation des mouvements de résistance

C- ..dont les actions sont réprimées par un Etat policier qui collabore avec l’ennemi

 

III-  La Résistance participe à la Libération de la France et à la refondation républicaine

A-  La Libération de la France entraîne l’échec d’un régime anti-démocratique

B- L’épuration pour « tourner la page » des années noires

C- Le rétablissement de la République (voir programme du CNR, rôle de la résistance qui doit être nuancé).

 

La Résistance a permis, par ses combats contre l’occupant et le régime de Vichy, de restaurer une République, mise « entre parenthèse » selon le général de Gaulle. Si, dès la Libération, certains idéaux de celle-ci, contenus dans le programme du CNR, sont mis en place, déjà les divisions politiques ressurgissent et les résistants échouent dans leur projet politique d’installer des institutions stables pour la France.

La fin de l’Etat Français, le procès et l’exécution de quelques figures majeures de la collaboration, n’ont pu empêcher la récurrence de malaises et batailles de mémoire, définies par Henri Rousso comme le « syndrome de Vichy », ce « passé qui ne passe pas ». Depuis, bien des éléments ont montré le rapport ambigu que la France entretient avec cette période sombre de notre histoire, période dont il convient néanmoins de nuancer la vision grâce au rôle libérateur joué par les mouvements de Résistance.

 

Etude de deux documents : la dénazification de l’Allemagne, un objectif atteint ?

 

1945: «Allemagne, année zéro». Le titre du film sorti en 1948 du réalisateur italien Roberto Rossellini évoque l’idée que tout est à reconstruire en  Allemagne en 1945: le pays, son économie et sa démocratie. L’Etat lui-même a disparu puisqu’Hitler s’est suicidé en mars 1945, tandis que de nombreux dignitaires nazis ont été arrêtés ou ont pris la fuite. Dans ce contexte, l’Allemagne est occupée et demeure sous la tutelle des  Alliés jusqu’à la construction d’une nouvelle démocratie. Le partage et l’occupation de l’Allemagne ont été décidés au moment de la Conférence de Yalta qui s’est tenue du 4 au 11 février 1945 entre Churchill, Roosevelt et Staline. Au cours de celle-ci, il a été décidé que l’Allemagne serait réduite à ses frontières de 1937, divisée en quatre zones d’occupation, zones également présentes à Berlin. Chaque puissance exerce donc son autorité sur sa zone, mais un Conseil de contrôle interallié se concerte pour les questions générales. La Conférence de Potsdam, dont des extraits du protocole sont ici soumis à notre étude, est organisée entre le 17 juillet 1945 et le 2 août 1945. Elle réunit les Etats-Unis (Harry Truman), l’URSS (Staline) et le Royaume-Uni (Churchill puis Clement Attlee). Elle définit le Programme des «4D» : démilitarisation (réalisée assez facilement), décartellisation (démantèlement des grandes entreprises liées au nazisme), dénazification et démocratisation. La dénazification, qui consiste à éradiquer le nazisme dans les institutions, la vie politique et toutes les sphères de la société allemande, semble donc être un processus brutal et rapide, imposé de l’extérieur. Néanmoins, le document 2, tableau statistique évoquant les résultats de l’épuration de l’administration allemandes dans les zones occidentales, invite à nuancer les résultats de ce processus. Marie Bénédicte Vincent, spécialiste de la question, montre ici que rééduquer une population à la démocratie n’est pas chose aisée.

Quel bilan du processus de dénazification ces deux documents invitent-ils à dresser ?

Nous verrons dans un premier temps que le protocole de la conférence de Potsdam fixe les objectifs de la dénazification, objectifs qui semble dans un premier temps consensuels. Nous verrons ensuite les modalités de ce processus, qui ont pu diverger entre les zones d’occupation et dans le contexte de la guerre froide. Enfin il sera possible de dresser le bilan de ce processus et présenter les limites des documents.

I- Les objectifs de la dénazification (doc 1)

Le document 1 évoque la situation de l’Allemagne en 1945, situation qu’il convient d’évoquer dans un premier temps : situation politique, économique et sociale.

Ce document insiste sur un consensus : l’Allemagne est responsable (rappeler les agressions allemandes), et a mené une politique exterminatrice. (servez vous de vos connaissances sur le Génocide)

Il convient donc de mettre fin à cette situation (élections libres, épuration totale, condamnation du nazisme dont il convient de rappeler qu’il a régné 12 ans sur le pays)

On attend donc de vous une explication presque linéaire du début du texte en revenant sur des points vus lors du chapitre sur l’affirmation des totalitarismes (vous restez trop dans la récitation du cours)

II- Les modalités de la dénazification (doc 1 et 2)

Les articles 4, 6 et 7 sont explicites. « détruire le parti national socialiste, dissoudre les institutions nazies », abroger les lois nazies, épurer l’administration des nazis. Tout ceci est affirmé. La condamnation des institutions nazies et des hauts dignitaires se fait à Nuremberg (à développer), par le « haut ».

Dans un 2eme temps vous devez évoquer l’épuration de l’administration et de la société à travers les mesures prises à l’Est et à l’Ouest (questionnaires, mais aussi les mesures symboliques de rééducation : films, visites des camps, programmes scolaires)

Puis servez vous du doc 2 pour montrer les modalités de la dénazification : emprisonnements, sanctions sur salaires, amendes .. ;et évoquez les modalités différentes selon la zone d’occupation (reconstruction de la démocratie libérale à l’ouest, démocratie populaire à l’est).

III- Une dénazification achevée ? (doc 2)

Il convient évidemment de commencer par le bilan dans les zones occidentales, bilan mitigé, la dénazification s’opère sur le long terme (nouvelle génération) et reste incomplète car stoppée par les impératifs de la reconstruction de l’Allemagne et le contexte de la guerre froide.

Violente à l’Est, mais brève, et surtout oubliée par les documents, car la réalité est cachée par l’URSS.

 

Les différents enjeux expliquent une dénazification plus ou moins poussée à l’ouest et une dénazification profonde à l’est. L’échec de la dénazification à l’ouest se marque essentiellement par une absence de rupture idéologique vis-à-vis du nazisme. Cependant, la démocratie s’impose en RFA grâce a un contexte économique favorable et elle se renforce avec l’intégration européenne. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 50 que s’effectue une prise de conscience en RFA, alors que la RDA récuse toutes responsabilités du passé nazi et met en place une nouvelle élite politique et sociale représentée par le parti communiste, le SED. Les Allemands de l’Est, après avoir connu le nazisme, sont endoctrinés par une autre idéologie, tout aussi totalitaire, dont ils ne sortiront qu’avec l’effondrement interne du système.

L’examen de conscience à l’ouest apparaît plus réussi sur le long terme que celui de l’épuration                                   des responsables nazis.

En janvier 2014, l’Allemagne revient sur ce processus, après la promesse faite à la France, en 2013,  de juger les acteurs du massacre d’Oradour sur Glane encore en vie. Néanmoins, parmi ceux qui ont pourchassé, une partie  de leur  vie les responsables nazis, tel Serge Klarsfeld, se montrent réservés quant à l’utilité de juger des   personnes 70 ans après leurs crimes.

 

 

 

 

 

 

 

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Article du on Mercredi, janvier 15th, 2014 at 17:12 dans la rubrique Méthodes, Sujets-corrigés. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Corrigé du sujet d’Histoire proposé par Florence Holstein, professeure d’Histoire en prépa SciencesPo à AtoutSup”

  1. Léon dit:

    Bonsoir,
    j’ai une petite question d’ordre purement technique mais probablement sensible: concernant le sujet sur le Front Populaire, peut-on dire en conclusion que le front populaire et sa politique de relance par le demande auraient fonctionné si l’opposition patronale n’avait pas été si importante (refus d’investir et d’embaucher car peur des occupations d’usines; fuite des capitaux à l’étranger, ect…)
    Merci

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