Avec un peu de recul ….Analyse des enjeux du sujet de dissertation ( Sciences-Po Paris) :
L’oubli peut-il être un bienfait ?
Une certaine forme d’incrédulité ou au moins d’étonnement est perceptible à travers cette question : mais comment serait-il possible de faire de l’oubli un bienfait ? Ce dernier terme est d’ailleurs intéressant . D’un emploi un peu vieilli aujourd’hui, on le conserve néanmoins dans « bienfaiteur » ou encore « bienfaisance ». C’est une faveur, un véritable profit, un avantage ( on évoque ainsi les bienfaits du Progrès…) Pour correctement traiter le sujet il fallait assurément maintenir le mot « bienfait » dans toute sa dimension lexicale.
L’énoncé est donc « fort ». L’oubli devrait alors être considéré comme une chance, comme ayant un effet salutaire. Dès lors le plan était assez attendu :
1- L’oubli est un mal, une pathologie, une faute. Du simple acte manqué – l’oubli d’un rendez-vous – à l’amnésie , des oublis de l’Histoire – « involontaires » négligences des historiens ( l’engagement des « indigènes » dans les forces de la France libre ) à des ellipses dont le caractère intentionnel et idéologique ne fait guère de doute , la plupart des manifestations de l’oubli sont aujourd’hui combattues ou condamnées. En revanche « l’inflation mémorielle » paraît être la conséquence d’accès de revendications identitaires.
2- Pourtant, le souvenir entretient aussi la mélancolie, la déception, ce que Nietzsche nomme le ressentiment . Pour Nietzsche d’ailleurs l’oubli est nécessaire à la vie. Précisément la métaphore qu’il préfère à celle que suggère l’étymologie – l’effacement- ramène à l’organique : la digestion. Il faut digérer pour se nourrir. L’oubli est une forme de digestion , c’est dire que le passé disparaît mais pour se résorber. Au fond, ce que j’ai digéré n’est plus parce que je l’ai « incorporé ». C’est le sens du célèbre « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».
3- Dès lors l’oubli est un remède à l’hypermnésie mémorielle : il n’est pas du côté de l’ignorance mais plutôt de l’assimilation , de l’appropriation. Dans la résilience , comme dans le deuil il y a donc une forme active d’oubli , d’effacement des contours , sans quoi la douleur de la perte serait trop vive et insupportable. Le bienfait de l’oubli, c’est précisément de rendre possible la Mémoire , laquelle résulte en effet de l’action de l’oubli sur la volonté de conserver ( « ce qui reste quand on a tout oublié… »)



