Viols en série : La violence est-elle naturellement masculine ?

Il y a ces dernières semaines une sorte de triste actualité des affaires de viols que ce 
soit en France avec ce « procès des tournantes » qui a défrayé la 
chronique judiciaire en octobre dernier, ou à l’étranger avec, plus récemment, cette histoire horrible de
cette étudiante violée et tuée en Inde qui bouleverse la société indienne. Il y
 a aussi ce cas assez troublant de « viol festif » (avec des guillemets bien sûr) qui concerne une jeune ado américaine qui aurait 
donc été abusée par deux autres jeunes de son lycée alors qu’elle était ivre 
morte. Il ne faut pas oublier non plus les nombreux cas de viols et 
d’agressions sexuelles en marge des conflits armés, comme en Syrie ou en 
République démocratique du Congo…

A chaque fois, passées l’émotion et l’indignation, 
tous ces cas de viols posent toujours la même question : les hommes, les mâles, les
 mecs, ne seraient-ils pas naturellement violents ? Au fond, le viol
 n’est-il pas ce grand classique de la violence masculine, cette menace
 permanente, que les femmes subissent depuis toujours ?

La question est assez forte et certaines
 féministes américaines radicales n’hésitent pas à répondre oui. Catherine Mac Kinnon
et Andrea Dworkin, deux intellectuelles très célèbres aux USA, défendent par
 exemple cette position : les hommes sont naturellement et essentiellement 
violents, autrement dit la violence est naturellement
 masculine. Du coup, le viol est devenu au fil du temps une arme de domination 
massive des femmes. Et tout ça serait la faute de leur sexualité : la
 sexualité masculine serait naturellement 
agressive et impulsive. Elle reposerait sur des pulsions que les hommes ne
 parviennent pas à maîtriser…

Tous les hommes donc seraient potentiellement des
 violeurs. En redéfinissant ainsi « la nature » masculine, ce genre de position fait un 
peu froid dans le dos. Mais le problème quand on veut discuter ce genre de
 position, c’est comment faire pour ne pas avoir l’air de défendre le camp des 
violeurs et de faire jouer une sorte de solidarité masculine… Surtout quand on 
est soi-même un homme !

Eh bien il faut 
de solides arguments, et le plus simple c’est peut être d’aller les chercher 
chez une autre féministe : la philosophe française Elisabeth Badinter. 
Pour Badinter, dire que les hommes sont naturellement violents et que le viol
 est l’expression naturelle de la sexualité masculine, c’est faire fausse route.
 Et cela pose deux problèmes.

Le premier 
problème c’est qu’une telle position est totalement contradictoire parce que ça
 revient sans s’en apercevoir à justifier la domination des hommes sur les
 femmes. Puisque si on pense que les hommes sont naturellement violents, 
alors ça veut dire que les femmes sont de l’autre côté naturellement des 
victimes, faibles et fragiles, qu’il faudrait naturellement protéger.

Le deuxième problème que pose cette position, c’est qu’elle se heurte aux faits. La 
violence en général et la violence sexuelle en particulier n’est pas réservée 
aux hommes. Il existe même des cas de viols collectifs d’hommes par des femmes,
 comme au Zimbabwe, par exemple. Et dans un autre contexte les quelques rares 
études sur le sujet montrent bien que la violence conjugale n’est
 pas réservée aux couples hétéros mais existe aussi dans les couples homos.

Alors
 voilà : rappeler tout cela ça veut dire que la violence en générale et la
 violence sexuelle n’est pas réservée aux hommes ou en tous cas qu’elle ne fait
 pas partie de leur nature. Le viol 
reste une violence insupportable mais ce n’est pas l’expression d’une nature 
masculine. En revanche, c’est sans doute l’expression d’une culture masculine, c’est à dire d’un certaine manière dont les 
hommes se représentent leur virilité. Vous me direz, le résultat est le
 même… Oui c’est vrai. Mais si c’est une affaire de culture et non pas de nature
 alors les solutions, elles, ne sont pas les mêmes.

Thibaut de Saint 
Maurice

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Article du on Vendredi, janvier 11th, 2013 at 0:32 dans la rubrique Actualité en questions. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Viols en série : La violence est-elle naturellement masculine ?”

  1. Antisexisme dit:

    « La question est assez forte et certaines
 féministes américaines radicales n’hésitent pas à répondre oui. Catherine Mac Kinnon 
et Andrea Dworkin, deux intellectuelles très célèbres aux USA, défendent par
 exemple cette position : les hommes sont naturellement et essentiellement 
violents, autrement dit la violence est naturellement
 masculine. Du coup, le viol est devenu au fil du temps une arme de domination 
massive des femmes. Et tout ça serait la faute de leur sexualité : la
 sexualité masculine serait naturellement 
agressive et impulsive. Elle reposerait sur des pulsions que les hommes ne
 parviennent pas à maîtriser… »

    On n’a pas dû lire les mêmes auteures… :/ Je ne dis pas que je suis une spécialiste de Dworkin et Mac Kinnon, vu que je n’ai lu que quelques textes d’elles, mais ça m’étonnerait vraiment vraiment que ces auteures aient une position essentialiste sur cette question O__o.

    C’est plutôt des gens comme Zemmour – des antiféministes – qui affirment que les hommes sont naturellement des prédateurs sexuels.

    A part ça, bien d’accord avec l’article :)

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