Eloignons-nous un peu de l’hystérie collective déclenchée par le tweet de Valérie Trierweiler, et prenons-le comme prétexte d’une réflexion sur le rôle des séparations en politique.
Non pas des séparations de couples, je vous rassure, mais de la séparation des rôles, des instances et des ordres. Une façon de relier Pascal et la démocratie.« La démocratie est une organisation des séparations », disait Pierre Manent (Cours familier de philosophie politique)
Division du travail, séparation des pouvoirs, de l’Eglise et de l’Etat, de l’Etat et de la société civile, du citoyen et du sujet, du peuple et de ses représentants, des faits et des valeurs. Ajoutons: de la vie privée et de la vie publique.
Difficile à avaler a une époque fusionnelle, qui abat les murs et fait l’éloge du mixte et de la transparence. Mondialisation, réseaux sociaux, melting-pot universel: tout se mélange, et il faut tout mélanger.
Pourtant, la modernité politique nait de la division du travail. Ce que relève Adam Ferguson, des 1767, en qualifiant notre époque de « this age of separations », cet âge ou tout est séparé (Essai sur l‘histoire de la société civile).
Ferguson décrit un sauvage effaré par ce spectacle d’une société ou chacun est reconnu par sa place précise dans la société, et non par son mérite d’homme: » il fuit vers les forêts avec une surprise mêlée de chagrin, de dégoût et d’indignation. »
Chacun cherchera ces modernes sauvages qui confondent les rôles et s’indignent que leur vertu ne soit pas reconnue comme compétence universelle à intervenir en toutes choses.
La liberté moderne repose sur des séparations. Prenez l’exemple de l’isoloir, qui sépare et protège la liberté de l’électeur des pressions et fusions collectives.
Le citoyen public et l’individu privé doivent être séparés en chacun de nous. C’est à ce prix que le citoyen peut suivre la loi au lieu de son égoïsme, et que l’individu peut faire son bonheur privé sans que l’Etat s’en mêle.
Paradoxe de la séparation: elle relie en séparant. Elle me maintient comme irréductible à l’autre, et protège l’autre contre mon envahissante empathie. Elle me protège aussi contre moi-même, en séparant les rôles et les instances qui me composent.
Pascal loue la séparation des ordres, garantie de liberté et d’intelligence: respecter le roi comme roi ne m’oblige pas à l’admirer comme personne.
Mais la séparation est frustrante, comme la loi: je veux, mais je ne peux pas. Elle entrave mon désir de toute puissance et de pleine jouissance.
En la contournant par les réseaux sociaux, je peux satisfaire cet étourdissant fantasme du « je suis partout. »


A J-1 avant le Bac, j’en profite pour vous remercier d’avoir tenu ce blog tout au longue l’année. C’est l’un des rares blogs « scolaires » qui parvient véritablement à nous apporter une multitude de connaissances tout en nous divertissant. Merci et bonne continuation.
Si cela a pu vous plaire et vous aider à la fois, c’est notre meilleur remerciement.
De tout coeur avec vous pour le jour J !