Avec Prometheus, Ridley Scott nous donne un nouvel opus de science fiction, après Blade Runer et Alien, et s’impose comme un maître du genre.
La meilleure science-fiction rejoint souvent les plus anciens mythes. Comme si le futur les plus lointain rejoignait toujours l’origine; ou comme si l’origine contenait déjà le déploiement infini des temps.
Ici, ce sont des peintures rupestres préhistoriques qui donnent la clé du voyage futuriste vers… L’origine de l’humanité. Comme dans 2001 L’Odyssée de l’espace, temps et espace font boucle et se mordent la queue. La science-fiction, comme le mythe, est littéralement réactionnaire ! Toujours « retour vers le futur », ou le futur comme retour.
Plongés dans le noir, affublés de lunettes 3D, avant-même le début du film, la technologie nous ramène au vieux mythe platonicien de la Caverne. Nous voilà, prisonniers complaisants, à goûter les délices vicieux d’une hyper-réalité plus vraie que nature. Les bonbons Haribo, trop acidulés, nous giclent au visage; les débris visqueux d’une tête explosée viennent dégouliner sur nos lunettes. Comme dans Avatar, cette hyper-réalité nous comble au-delà de nos désirs d’enfants gâtés, et, au sortir de la salle noire, que la vraie vie est décevante, et la rue plus grise encore que la grisaille du film !
Car le gris est un choix esthétique. Toutes les nuances de gris forment un camaïeu cafardeux sur cette planète perdue et peu accueillante. Alors que nos explorateurs partent en quête d’une lueur divine, ils ne trouvent qu’un éclat blafard et terne, la blancheur cadavérique des cendres et des momies. Grise est la nostalgie des origines, lumineux et chatoyant, au contraire, le présent accepté dans l‘ici et maintenant de notre planète bleue. L’origine doit rester cachée et inaccessible, sous peine de semer la mort.
Etonnant paradoxe fond/forme: le film nous raconte que la quête de l’origine est grise et fatale, mais dans une éblouissante mise en scène où le gris devient feu d’artifice.
La reprise du mythe de Prométhée, enfin. A nouveau Platon, premier conteur du mythe, dans le dialogue Protagoras (321-322) : Epiméthée a distribué toutes les faveurs des dieux pour aider les animaux à survivre. Mais il a oublié l’homme, et son frère Prométhée constate l’oubli désastreux. « Il prit le parti de dérober à Vulcain et à Minerve les arts et le feu : car sans le feu la connaissance des arts serait impossible et inutile ; et il en fit présent à l’homme. »
Le héros Prométhée ira jusqu’à voler l’art politique à Zeus-Jupiter pour parachever son œuvre bienfaisante, et faire des hommes une espèce quasi-divine. Il le paiera cher, très cher, puisque Zeus le condamnera à être, pour l’éternité, attaché à un rocher où un vautour lui déchire le ventre.
Prométhée, le héros d’une humanité devenue, comme un dieu, maître et possesseur de la nature. Héros du progrès politique et de la puissance scientifique, de l’autonomie et de l’autocréation, de l’homme fait Dieu, en somme.
Mythe et science-fiction, Platon et Ridley Scott, s’accordent pour dire la menace mortelle de l’hubris humaine…dans un déchaînement technologique d’effets spéciaux !


Bonjour,
Votre éclairage sur le film de Ridley Scott est très intéressant. Je souhaiterais savoir s’il existe un ciné-club en Ile de FRance ou l’on peut décortiquer après la séance les réfléxions philosophiques abordées dedans avec un professeur de philo.
D’avance, je vous remercie pour votre réponse.
Bien à vous
J’ai quand même un souci avec l’article : si l’orientation philosophique de l’analyse est intéressante, la courte longueur de l’article, ainsi que le peu de liens qu’il fait avec le film, laisse fortement à penser que l’auteur n’a pas vu le film, peut être pas même la bande annonce.
Il aurait été bien plus intéressant d’être plus loquace que cela, et surtout, de s’attacher plus au film qu’aux belles tournures de phrase.
En l’état, les forums spécialisés apportent bien plus au moulin que ces quelques lignes fourre-tout, ou 4 des 5 parties ne racontent au final quasiment rien.
Comme le film, d’ailleurs.
@ Mohamed : Charles Pépin propose un séminaire le lundi à 18H au MK2 Hautefeuille à Paris :
Notre époque est-elle nihiliste ? Le 11/06/2012
Comment changer la passivité en activité ? La « méthode Spinoza ». Le 18/06/2012
Le mal peut-il être pensé ? Le 25/06/2012
Pour en savoir plus… http://www.mk2.com/evenements/seminaire-philosophique-charles-pepin-0
Ollivier Pourriol anime également « studio philo spécial bac » au MK2 Bibliothèque :
Mardi 12 juin à 11h FREUD
Jeudi 14 juin à 11h SPINOZA
Vendredi 15 juin à 11h KANT
Samedi 16 juin à 11h HEGEL
Pour en savoir plus… http://studiophilo.fr/
Bonjour Rémy,
je vous trouve un peu sévère avec Ridley Scott et le modeste auteur de ce billet, qui ne prétend pas rivaliser avec les spécialistes.
Au risque de vous étonner, non seulement j’ai vu le film (avec même les pubs 3D qui précèdent) mais je l’ai aimé comme d’ailleurs les autres films de Ridley Scott.
Désolé que le billet soit trop court, je vous l’accorde, mais il est parfois plus difficile de faire court.
Et merci de trouver l’analyse philosophique intéressante.