Qu’est-ce qu’on échange au juste quand on se passe le pouvoir ?

Après le temps des élections vient donc le temps du changement de gouvernement. Depuis mardi 15 mai on assiste à une série de passation de pouvoir, entre présidents d’abord, puis entre premiers ministres et entre ministres. C’est donc toute cette semaine que le pouvoir change effectivement de mains à travers toutes ces cérémonies.

« Passation de pouvoir »

Mais l’expression « passation de pouvoir » est en fait  assez mystérieuse. Au-delà de la cérémonie, des traditions et du rituel, c’est quoi ce pouvoir qui quitte les mains de N. Sarkozy pour arriver dans celle de F. Hollande ? Qu’est ce qu’on échange au juste quand on se passe le pouvoir ? On a un peu l’impression que le pouvoir est une chose qu’on pourrait se donner ou encore dont on pourrait se faire la passe un peu comme au foot par exemple…

Pourtant pendant la cérémonie de l’Elysée, les deux présidents n’ont rien échangé d’autre qu’une poignée de mains. C’est que le pouvoir politique n’est pas une chose. Ce n’est pas une machine avec plein de boutons sur lesquels il faudrait appuyer pour commander. Ce n’est pas non plus une capacité extraordinaire comme les pouvoirs des X-mens. En un sens c’est une réalité assez abstraite : on ne peut pas le toucher, le voir ou le sentir.

Et pourtant, après cette simple cérémonie, François Hollande détient le pouvoir de manière tout à fait concrète : il peut enfin faire tout un tas de choses qu’il ne pouvait pas avant. Et il apparaît donc comme plus puissant qu’avant. Et de même, maintenant qu’il a le pouvoir, il a une autorité qu’il n’avait pas avant. Tout se passe donc comme si le pouvoir était une puissance qui donne de l’autorité…

Pouvoir, puissance et autorité

Sauf qu’en disant cela on confond pouvoir, puissance et autorité. La philosophe Hannah Arendt justement, dans un livre intitulé Du mensonge à la violence, propose de distinguer pouvoir, puissance et autorité. Pour elle, le pouvoir est d’abord une aptitude à agir de manière concertée et c’est la propriété d’un groupe et non d’une personne. Du coup,  le pouvoir  du nouveau président Hollande c’est simplement une fonction définie par un groupe, le peuple français, et déléguée par ce même groupe, à travers le système de l’élection, pour faire tourner la boutique, c’est à dire le pays.

Tandis qu’on parle de puissance pour désigner une qualité individuelle inscrite dans la nature d’une personne. Par exemple, pour être président de la République, il faut être une personne douée d’une grande puissance de travail.

Et enfin, toujours selon cette analyse d’Arendt l’autorité c’est simplement un attribut du pouvoir qui explique que les gens lui obéissent immédiatement. Mais elle dépend du respect que le pouvoir inspire et non pas de son exercice. Pour le président c’est comme pour un prof ou comme pour les parents : on a de l’autorité quand on est respecté et non pas parce qu’on a du pouvoir.

Une triple distinction pour quoi faire ?

Au fond toutes ces distinctions permettent de comprendre que le Président de la République n’est pas un roi. Car dans l’Ancien Régime c’est bien le roi qui réunissait dans sa propre personne : le pouvoir, la puissance et l’autorité.

Dans une démocratie, le président ne fait qu’exercer une fonction non pas parce qu’il est le plus puissant mais parce qu’il a été élu pour. Et son autorité n’est donc pas naturelle, elle ne dépend pas non plus d’un choix divin, mais elle dépend simplement du consentement de ceux qui l’ont élu.

Alors certains ont beau dire que ce genre de cérémonie de passation de pouvoir fait un peu monarchie républicaine. En fait c’est tout le contraire : si le pouvoir peut se transmettre, c’est bien la preuve que nous vivons en démocratie.

Thibaut de Saint Maurice

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Article du on Mercredi, mai 16th, 2012 at 14:21 dans la rubrique Actualité en questions. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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