Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux à Wisteria Lane ?

Et voilà c’est parti pour la huitième et dernière saison de Desperates Housewives. Les 3 premiers épisodes ont été diffusés jeudi 12 avril sur Canal Plus…

Depuis que l’on sait que la 8ème saison de cette grande série sera la dernière, on se demande comment toute cette histoire, commencée en 2004,  va bien pouvoir finir… Le désespoir va-t-il enfin quitter Wisteria Lane pour laisser sa place à un bon gros bonheur des familles tout dégoulinant ? Ou au contraire la série va-t-elle définitivement assumé son titre et virer à la tragédie avec par exemple un final dans lequel Gabrielle deviendrait anorexique, Lynette retrouverait son cancer, Susan croupirait au fin fond d’une prison et Bree sombrerait de nouveau dans l’alcool….Au fond dans Desperates Housewives la question reste la même depuis le début de la 1ère saison : comment des jeunes femmes qui ont apparemment tout pour être heureuses, sont pourtant désespérément insatisfaites…?

Et ça fait donc 8 ans que ça dure, 8 ans que les jolies maisons de Wisteria Lane et leurs jardins bien tenus cachent en fait les pires drames : suicides, tromperies, tentatives de meurtres, dépressions, alcoolisme…8 ans donc que la prospérité apparente de ces héroïnes, c’est à dire leur bien être matériel, ne suffit pas pourtant à les rendre heureuses. A chaque nouvelle saison, Desperates Housewives repose la question,  tout à fait philosophique en fait,  de la possibilité du bonheur, c’est à dire de sa compatibilité avec la condition existentielle de l’homme… et jusqu’à présent, avec les 7 saisons précédentes, la réponse était toujours la même : pas de bonheur possible à Wisteria Lane. Et en ce sens Desperate Housewives est une série profondément pessimiste…

Et pourtant c’est une série plutôt plaisante à suivre : les épisodes se développent sur le ton de la comédie.

Oui et c’est tout le paradoxe. Desperates Housewives c’est au fond une comédie du désespoir, une comédie désespérée que le philosophe allemand Arthur Schopenhauer aurait adoré. Pas seulement parce qu’il était misogyne mais surtout parce qu’il était pessimiste. Pas pessimiste au sens courant : c’est-à-dire comme quelqu’un qui voit systématiquement le mauvais côté des choses, mais pessimiste au sens philosophique du terme. Le pessimisme c’est une doctrine philosophique qui considère que le bonheur, entre autres choses, n’est qu’une illusion parce être heureux et être humain sont deux choses totalement incompatibles.

Schopenhauer fait même le commentaire suivant : « La vie de chacun de nous, à l’embrasser dans son ensemble d’un coup d’œil, à n’en considérer que les traits marquants, est une véritable tragédie ; mais quand il faut pas à pas, l’épuiser en détail, elle prend la tournure d’une comédie. Chaque jour apporte son travail, son souci ; chaque instant sa duperie nouvelle ; chaque semaine, son désir, sa crainte ; chaque heure ses désappointements, car le hasard est là, toujours aux aguets pour faire quelque malice, pures scènes comiques que tout cela » (Le monde comme volonté et comme représentation, IV, §57). Et c’est exactement la structure de la série : chaque épisode est plutôt sur le ton de la comédie, mais sur le temps long des 8 saisons, la série toute entière glisse plutôt vers la tragédie…Dans sa forme même, Desperate Housewives  est donc pessimiste.

Cette grande série populaire est un des meilleurs exemples d’une culture de masse qui réconcilie le divertissement et la réflexion critique. Au fond Desperates Housewives fonctionne comme une fable sur la recherche du bonheur. Les tentatives de ces héroïnes et leurs trajectoires individuelles sur les 8 années passés permettent de dissiper les confusions et les déceptions dans lesquelles on tombe quand on recherche le bonheur à tout prix, sans être capable de se satisfaire, ici et maintenant, de ce que l’on est et de ce que l’on a.

Thibaut de Saint Maurice

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Article du on Jeudi, avril 12th, 2012 at 23:12 dans la rubrique Vous pouvez regarder la télé…. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux à Wisteria Lane ?”

  1. ml dit:

    pouvons nous donc citer des références de séries actuelles et films actuels dans nos dissertations de philo ?

  2. Jérémie dit:

    C’est une bonne question posée par ml ! Si on peut trouver un fond philosophique dans Desperate Housewives peut-on utiliser ce genre d’exemple dans nos dissertations ? Et si oui dans quelles mesures ?

  3. imaradan dit:

    Bonjour,

    Nous devons avoir, au moins en partie, répondu à votre question pendant le chat…
    http://www.letudiant.fr/orientation/les-tchats-de-letudiant-fr/lundi-2-avril-chat-special-bac-2012-organiser-ses-revisions-de-philosophie.html

    En quelques mots, on ne peut pas citer Bree Van de Kamp au même titre que Schopenhauer, mais j’imagine que je ne vous apprends rien en disant cela !

    Reste que si vous prenez un exemple pour illustrer votre propos, comme le fait ici Thibaut de Saint Maurice pour vous parler de la quête du bonheur, cela peut être pertinent.
    Mais attention, c’est risqué. Parce qu’il faut que ce soit suffisamment explicite pour que le correcteur, même s’il ignore de quoi parle la série, puisse comprendre en quoi votre exemple est pertinent dans votre raisonnement.

    Donc, si je résume : ne faites référence qu’à ce que vous maîtrisez. Ca ne vous avance pas beaucoup ?

    Attendez ! J’ai un conseille de lecture pour mieux faire le lien entre philo et séries, sans risquer de faire des parallèles hasardeux le jour du bac : les ouvrages de Thibaut de Saint Maurice sur ce sujet.
    Allez jeter un oeil ici, il vous parle du premier :
    http://www.letudiant.fr/bac/quand-les-series-tele-vous-aident-a-reviser-le-bac-philo-13524.html

    A très vite sur ce blog !
    Isabelle Maradan

  4. ml dit:

    Merci beaucoup pour ces conseils !

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