Les jolis ponts de mai

Publie par imaradan le mai 8th, 2016 dans la categorie Actualité en questions  •  Pas de commentaires

Premier mai, huit mai, Ascension, Pentecôte…De pont en pont, mai est un long fleuve tranquille où l’on danse à cloche-pied entre travail et vacance.

pont du gard et riviere gardon

Cette succession de ponts, le monde entier nous l’envie, au même titre que l’enfilade des ponts sur les canaux de Venise, ou la procession des fines colonnes dans les jardins de l’Alhambra de Grenade. Ces jolis ponts de mai nous font, en effet, comme une procession vers les grandes vacances d’été, n’était cet agaçant obstacle du mois de juin qui s’entête à faire semblant de travailler. Juin fait de la résistance.

Un pont enjambe : il enjambe un obstacle, un fleuve ou une rivière, qui empêche de poursuivre son chemin d’une rive à l’autre. L’obstacle est ici le jour ouvré que le pont transforme miraculeusement en jour chômé, créant une continuité entre une rive de vacance et l’autre rive de loisirs.

De pont en pont, la vie devient ainsi un long fleuve tranquille. Mais cela se mérite, par cette course d’obstacles ou cette danse agile qui demande de lever le pied et la jambe quand il le faut, en rythme collectif, assez haut et assez loin. Comme un french cancan national.

Outre le fait de désorganiser les emplois du temps, cette enfilade de ponts laisse un goût mêlé de jouissance et de frustration : jouissance d’avoir volé quelques jours au travail, comme un permissionnaire qui a bien « placé ses jours », ou un salarié ses RTT ; mais frustration d’être soumis aux hasards du calendrier qui, parfois, nous vole nos ponts, finalement comme un mélange de droit du travail et d’arbitraire du dieu Chronos.

Et puis frustration de devoir reprendre le collier chaque fois, après une trop courte pause, mais suffisante pour avoir cassé le rythme et avoir goûté au farniente. Ne serait-il pas préférable de ne pas s’arrêter du tout, plutôt que de subir le supplice de Tantale de cette vacance qui s’offre et se dérobe aussitôt ?

Les jolis ponts de mai allient une majestueuse architecture savamment dentelée, une expérience morale de la tentation, entre plaisir et frustration, un subtil modèle économique d’organisation du travail social en gruyère, une étrange géographie de la circulation routière où d’interminables bouchons se croisent sous les ponts, et une éthique qui voit l’existence humaine comme une inlassable ruse pour enjamber l’obstacle.

Les jolis ponts de mai illustrent un rapport au travail et au temps. Le travail est un obstacle qu’il faut réduire pour réaliser au mieux une vie continue de loisirs, comme une lutte pour faire respecter son droit à la paresse. Le temps, lui, est rythmé par l’alternance de nuit et de lumière, de tunnels laborieux et pénibles, d’une part, et de ponts paressant au soleil, d’autre part. Une sorte de version moderne du « Des travaux et des jours » d’Hésiode, mais où les travaux se seraient éclipsés sous l’obscurité des ponts, comme de honteux clochards.

 

Patrick Ghrenassia

Y a-t-il des vérités indiscutables ?

Publie par imaradan le mai 8th, 2016 dans la categorie Actualité en questions, Non classé  •  Pas de commentaires

JS Mill

 

 

Les premiers sujets du bac sont tombés à Pondichéry en avril, bientôt suivis par ceux du Liban en mai. Comme les hirondelles annonçant le printemps, ou les primeurs des futures récoltes. Mais ces images bucoliques seront sans doute peu appréciées par les candidats stressés en pleine révision !

Bien sûr, on ne peut pas en déduire une tendance générale sur les sujets à venir, mais ces sujets excitent une curiosité légitime, et présentent des surprises, comme ce sujet sur la religion en série S : « La religion n’est-elle qu’un fait de culture ? », alors qu’on aurait pu penser que la religion était un sujet trop polémique pour être donné.

Pour le reste, les thèmes sont traditionnels : l’art et l’Etat en L, la vérité et le bonheur en ES, la religion et l’art en S, les échanges et le bonheur en séries technologiques.

Je retiendrai le premier sujet tombé en ES : « Y a-t-il des vérités indiscutables ? »

Une vérité, en effet, se doit d’être éternelle, donc indiscutable en principe. S’il est vrai que le chanteur Prince est mort le 23 avril 2016, cela restera toujours vrai. S’il est vrai que la pluie tombe des nuages, cela restera vrai de toute éternité, même si un jour il ne devait plus y avoir ni pluie ni nuages. Il serait ridicule de vouloir discuter de la vérité 2+2=4. Discuter une vérité prouve que ce n’est pas vraiment une vérité, qu’il y a un doute. Et pourtant…

On objectera que la science évolue, et que les vérités scientifiques changent. Mais c’est confondre connaissance et vérité : oui, les connaissances humaines évoluent avec le temps, et il y a bien une histoire des sciences, qui est une histoire des erreurs et des découvertes. Mais croire que quelque chose est vrai n’en fait pas une vérité absolue. On a pu croire que la terre était plate, ou que le soleil tournait autour de la terre, mais cela n’est plus vrai, et donc n’était pas une vérité mais une croyance. Nous croyons aujourd’hui qu’il est vrai que c’est la terre qui tourne au soleil, mais cela ne sera vrai que tant que cela ne sera pas réfuté.

C’est pourquoi, en soi, une vérité est éternelle, mais pour nous, aujourd’hui, une vérité doit rester discutable, sans quoi ce n’est plus une vérité mais un dogme. Une vérité ne reste une vérité vivante que si elle est discutable ; c’est-à-dire si l’on peut la contester, la critiquer, essayer de la réfuter, proposer des objections ou d’autres hypothèses, la revérifier, examiner ses points faibles, etc. C’est sa résistance aux objections qui fait qu’une vérité mérite de rester vraie, et non son refus de toute discussion qui l’enfermerait dans une certitude illusoire, comme un dogme religieux « indiscutable » et tabou.

Cette ouverture permanente à la discussion est le prix à payer pour une authentique vérité. C’est la thèse soutenue par John Stuart Mill, dans son essai Sur la liberté, pour défendre la nécessité de la liberté d’expression : une vérité doit toujours accepter de descendre dans l’arène de la libre discussion ; et pour cela toutes les opinions doivent pouvoir s’exprimer, même les plus farfelues ou les plus paradoxales. Qui sait si ne se trouve pas parmi elles une future vérité ? L’ironie fait que, en ES, le texte proposé est justement de J-S Mill, tiré du même essai, mais sur un autre thème, celui de la liberté individuelle.

Avec Mill, la question pouvait aussi être référée à Popper et à sa thèse de la « falsifiabilité » : une vérité doit être falsifiable, une théorie n’est scientifique qu’à la condition de pouvoir être réfutée, donc discutable. A l’inverse, les fausses sciences, comme le marxisme ou la psychanalyse, ne sont pas réfutables car elles ont réponse à toute objection possible. Il est donc vain et inutile de vouloir les soumettre à discussion, car elles auront toujours raison.

En résumé, il faut distinguer la vérité du dogme ou du préjugé : c’est précisément parce qu’une vérité reste discutable qu’elle peut prétendre légitimement rester une vérité éternelle.

« Si l’opinion reçue est non seulement vraie, mais toute la vérité, on la professera comme une sorte de préjugé, sans comprendre ou sentir ses principes rationnels, si elle ne peut être discutée vigoureusement et loyalement. » (John Stuart Mill, De la liberté, chap. II : De la liberté de pensée et de discussion)

Pour consulter les corrigés complets en ligne

http://www.letudiant.fr/bac/bac-2016-les-sujets-et-les-corriges-du-bac-tombes-a-pondichery.html

 

 Patrick Ghrenassia

 

 

La com’ : le fond, la forme et les tuyaux

Publie par imaradan le février 24th, 2016 dans la categorie Actualité en questions  •  Pas de commentaires

taubira 2La com’ est partout ; on la dénigre et on l’adore, on la condamne et on la consomme. On la trouve sur l’affichage urbain, la publicité, le packaging, les réseaux sociaux et les médias, bien sûr, mais aussi dans la mise en scène des moindres gestes quotidiens, de la tenue vestimentaire aux « éléments de langage ».

Qu’est-ce que la com’, ou communication en bon français ? Un message mis en forme de façon élaborée. Sauf que souvent, la forme l’emporte sur le fond, et le message paraît bien maigre, voire insignifiant, au regard d’une forme hypertrophiée. Il semble même que moins on à de choses à dire et plus on « communique », que plus la substance est maigre et plus la forme enflée.

Prenons quelques exemples.

Le départ en vélo de Christiane Taubira de son ministère, d’abord. Sans doute peut-on y décrypter à la loupe un message d’humilité et de simplicité écologique. Mais on devine que l’essentiel n’est pas là ; l’important est dans la forme, la mise en scène et l’amplification médiatique. Pour la plupart, le « fond » est passé inaperçu au seul bénéfice de la forme…la forme vélocipédique de l’ex-ministre. Lire la suite »

Qu’est-ce qu’une bonne copie de philo ?

Publie par imaradan le février 17th, 2016 dans la categorie De la méthode… sans le discours !  •  Pas de commentaires

copie

 Si vous vous demandez comment réussir une dissertation de philosophie, cet ouvrage, court et efficace, est fait pour vous.

Le titre, « Les meilleures copies du bac », est trompeur et maladroit. En effet, il ne s’agit pas vraiment de copies du bac, mais de « DST » (devoir sur table) faits en quatre heures dans les conditions du bac. Et on ne peut pas savoir si ce sont les « meilleures », mais ce sont incontestablement de bonnes, voire d’excellentes, copies notées de 14 à 17/20. Mais là n’est pas l’essentiel, tant il est vrai que le titre, souvent, dit peu de la qualité du contenu.

L’auteure, Elise Sultan, professeure de philosophie, présente dix copies photocopiées et anonymées. Ici, pas de discours général sur la dissertation, ni de méthodologie purement théorique, mais de vraies copies « en chair et en os », avec quadrillage, belle écriture manuscrite bien lisible, ratures, correction et remarques en marge. Dix sujets traités par des élèves des séries L, ES et S, et qui portent sur les principales notions du programme, de la conscience au bonheur, en passant par le désir et le langage.

Voilà un bon moyen de réviser son programme par des exemples concrets de sujets, comme « Sans conscience, serions-nous plus heureux ? », ou « Les mots nous éloignent-ils des choses ? »

Mais ces copies photocopiées ne sont pas tout. Chacune est suivie de commentaires et de conseils méthodologiques concis et qui vont à l’essentiel :

  • Appréciation générale sur la copie
  • « Ce qui est bien », avec un précieux résumé du plan suivi
  • « Ce qui doit être corrigé », qui signale les points faibles et insuffisances
  • « Ce qui doit être approfondi », qui développe des points-clés philosophiques
  • « Pour compléter la réflexion », avec un texte « canonique » d’un philosophe (Pascal, Rousseau) ou d’un écrivain (La Fontaine, Mallarmé) qui vient utilement étayer le sujet et étoffer la culture du lecteur.

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La peste des pesticides !

Publie par imaradan le février 3rd, 2016 dans la categorie Actualité en questions  •  Pas de commentaires

baudryVoilà que se développe dans les médias une campagne contre les pesticides. Une enquête montre, en effet, qu’en France les zones d’épandage intensif de pesticides correspondent à un taux supérieur de maladies chez les enfants, telles que cancers ou malformations crâniennes. Donc, par souci de santé publique, il faudrait interdire les pesticides ! CQFD. Pas si simple pourtant. Les pesticides sont des produits chimiques qui tuent les parasites végétaux (champignons) ou animaux (vers, pucerons) qui gênent ou empêchent une croissance saine des cultures. La peste, elle, tue les humains par le biais d’une puce du rat noir. Les deux ont la même étymologie, pestis, qui désigne en latin un petit animal, et qui donne pet en anglais. Les deux tuent, les parasites pour les premiers, les humains pour la seconde. Les pesticides servent donc les humains en tuant cette « vermine » qui tue tantôt les hommes, tantôt leurs cultures nourricières. Les raticides font partie des pesticides. Les hommes font-ils partie des parasites ? Ce serait là un autre débat, mais pas si éloigné du nôtre… Lire la suite »

« Le côté obscur de la force » est-il en nous ?

Publie par imaradan le décembre 19th, 2015 dans la categorie Actualité en questions, Non classé  •  1 Commentaire

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Nous voilà au septième épisode de Star Wars, et encore et toujours cette question : quel côté de la force va l’emporter ? Maître Yoda ou le chancelier Palpatine ? La République ou l’Empire ? Les chevaliers Jedi ou les seigneurs Sith ? La Force  ou le côté obscur ? Bref : le Bien ou le Mal ?

Star Wars est un film métaphysique. Comme tous les grands films, d’ailleurs ; comme « Matrix », « Avatar » ou « Le cinquième élément ». Car c’est un film qui interroge le sens du monde à travers ses grands principes, par emboitement, du plus singulier au plus universel : d’un côté, Ioda (héros singulier), puis l’ordre des Jedi (communauté éthique), puis la République (politique), enfin la Force (principe créateur) ; de l’autre côté, la même série symétrique dans le mal.

La première question porte sur la nature de la Force. Si les Sith se réclament du « côté obscur », jamais les Jedi ne revendiquent le « côté lumineux », mais seulement la Force tout court. Les Sith assument une dualité de la Force que les Jedi refusent. Dualisme pour les uns, monisme pour les autres. La Force est-elle double ou unique ?

La seconde question en découle, qui porte sur l’origine du Mal. Pour les Jedi, le côté obscur est un détournement de la Force ; une sorte d’erreur de trajectoire qu’il faut rectifier. « Tomber du côté obscur » est l’effet d’un aveuglement dû à la colère ou à la haine. Le Jedi est platonicien ou spinoziste : il pense que la Force ne peut être mauvaise en soi, qu’elle est absolument bonne, et que le méchant ne peut qu’être victime de l’ignorance et des passions. Le Bien est absolu, vrai, éternel ; le mal est relatif, fautif, provisoire. Nous sommes du côté des grands rationalismes et des grands monothéismes.

A l’inverse, le méchant Sith considère que la Force est double, qu’elle est un combat interne entre deux côtés irréductibles, la lumière et l’obscurité, la paix et la guerre, la liberté et la soumission, la vie et la mort ; bref, que Bien et Mal sont deux entités distinctes et inconciliables, dans un conflit universel et éternel. Nous sommes ici du côté du tragique et du manichéisme.

Le manichéisme, religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle, fut considérée par les Chrétiens comme une hérésie, précisément en ce qu’elle affirme le Mal, ou Royaume des ténèbres, comme un principe distinct ; même si à la fin des temps le Bien devrait assimiler et abolir le Mal par la douceur… Sera-ce le futur épisode de Star Wars ?

Reste qu’un point commun est partagé par les Sith et les Jedi : le côté obscur est présent en chacun de nous, et peut l’emporter à l’occasion d’une souffrance ou d’une peur. Le Mal est tapi en nous, et nous prend aisément à la gorge sans un combat intérieur incessant contre la peur et la haine. Du macrocosme au microcosme, la guerre intergalactique s’intériorise en un combat moral en chaque individu, dans lequel il s’agit d’exercer sa volonté contre les passions mauvaises ou « tristes », comme dirait Spinoza.

Mais entre le « côté obscur » irréductible des Sith, et l’entêtement des Jedi à affirmer l’unité pure de la Force, l’alternative reste ouverte quant à l’origine du Mal.

Cette courte réflexion peut être utilement complétée par la lecture du livre d’Olivier Pourriol, Ainsi parlait Yoda, et par l’entretien de l’auteur avec Raphaël Enthoven sur le lien suivant : http://www.europe1.fr/emissions/integrale-qui-vive/star-wars-que-pouvons-nous-apprendre-de-la-force-2634983

Que la Force soit avec vous !

Patrick Ghrenassia

Offrir des cadeaux : entre liberté et plaisir

Publie par imaradan le décembre 19th, 2015 dans la categorie Actualité en questions  •  Pas de commentaires

Chaque année, à l’approche de Noël, la même question: quels cadeaux offrir ? Excitante pour les uns, angoissante pour d’autres, casse-tête pour beaucoup, la question est fortement suggérée par les stimuli qui s’allument autour de nous : les vitrines pavoisent, les sites internet scintillent, les bonhommes Noël s’affichent, et les enfants commencent leur « lettre », encore, parfois.

Noël est une fête, une promesse de réjouissances, non ? Alors où est le problème ? Pourquoi s’inquiéter ? Et surtout pourquoi vouloir y trouver ucadeaune question philosophique ?

C’est que le choix des cadeaux mobilise deux principes majeurs : la liberté et le plaisir. Et ils ne font pas forcément bon ménage. On a coutume de dire que « où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir » pour signifier vulgairement que sans liberté, pas de plaisir. Et il faut admettre que cela est vrai souvent, quand le plaisir est libéré des interdits et tabous qui le freinent.

Pourtant liberté de choix et plaisir peuvent se contrarier, voire s’opposer. La liberté du choix des cadeaux, surtout à Noël, est le couronnement de la société de consommation, la saturation de tous les désirs, l’extase des yeux et de l’estomac. L’adulte, comme l’enfant, en a « plein les mirettes », et s’épuise à chercher, qui dans les boutiques, qui sur Internet, ce qui fera plaisir, à soi et à l’autre.

Or plus le choix est grand, moins on a droit à l’erreur, et plus le plaisir doit être « ciblé » et intensif. Plus l’éventail de l’offre est large, plus est serrée la détermination du plaisir de l’autre. Car s’il n’y avait le choix qu’entre deux ou trois cadeaux, la chose serait simple et le risque d’erreur limité. Mais devant une gamme quasi-illimitée de cadeaux possibles, l’exigence du plaisir se fait plus aigue, multipliant presqu’à l’infini les paramètres de l’originalité.

On cherche alors à cerner la cible, comme une étude de marché : a-t-il émis un vœu, une demande récente ? Que lui manque-t-il ? Quels sont ses loisirs préférés ? Quel est sont style ? Faut-il préférer l’utile ou le superflu ? Ne risque-t-on pas de faire le même cadeau en double ? D’ailleurs, est-on sûr qu’il ne l’a pas déjà ? Et si le produit est épuisé ? Et la question se complique avec l’âge : qu’offrir à quelqu’un qui a déjà tout  et qui, avec l’âge, voit ses besoins rétrécir ? Bref, satisfaire le plaisir de l’autre ne peut être confié au hasard, surtout quand j’ai toute liberté de choix, donc pleine responsabilité dans le succès ou l’échec.

Le paradoxe est que plus la liberté de choix est grande, plus il est difficile de faire plaisir. Prenez un enfant pauvre qui n’a jamais eu de cadeaux : une simple tablette de chocolat le comblera. A l’inverse, l’enfant gâté exigera le dernier modèle à la mode, le plus cher et le plus éphémère, victime d’un désir toujours par avance saturé. Et il en va de même pour les adultes.

La solution au casse-tête des cadeaux est d’échapper à cette logique : offrir des cadeaux n’est pas un commerce. Retrouver sa pleine liberté, c’est redonner priorité à son plaisir. Et d’abord choisir de se faire plaisir, en refusant de s’obliger à acheter un cadeau qu’on désapprouve. Bien souvent, son propre plaisir se communique à l’autre, et le hasard d’un choix épicurien réussit mieux qu’une étude marketing approfondie.

Pour vos achats de cadeaux, préférerez donc la liberté insouciante du papillonnage et du butinage au sérieux mortifère de l’étude de marché. Le plaisir y gagnera, pour vous et pour les autres.

 Patrick Ghrenassia

La peur est-elle honteuse ?

Publie par imaradan le décembre 8th, 2015 dans la categorie Actualité en questions Tags: , , , , , , , , , ,  •  Pas de commentaires

« Même pas peur ! », « Vous n’aurez pas ma peur ! ». Au lendemain des attentats de Paris, on a vu fleurir ce refus proclamé de la peur, comme un défi aux terroristes. Mais souvent aussi comme une fanfaronnade dérisoire quand, sur la place de la République, la foule se dispersa dans une panique totale au simple claquement d’une lampe. Alors le geste démentait en direct la fière bravade.

la peurC’est que la peur est une passion naturelle. Passion au sens où elle réagit à une agression subie, réelle ou fantasmée, à une menace et un danger pour sa vie ou sa sécurité. Naturelle aussi, puisqu’elle est une défense animale face au péril, qui déclenche, comme en tout animal, la fuite ou l’agression. On ne choisit pas d’avoir peur, et l’on n’a pas à en avoir honte ou a en tirer un quelconque mérite.

Ce qui procure le mérite ou la honte, ce sont le courage ou la lâcheté. Le courage n’est pas l’absence de peur (ce qui serait témérité aveugle), mais un effort de la volonté pour surmonter sa peur. La lâcheté, à l’inverse, est cette démission de la volonté face au danger, qui amplifie la fuite ou la soumission.

La peur n’a donc aucune valeur morale ; elle est une passion neutre, et vaut selon ce qu’en fait notre volonté. Lire la suite »

Comprendre le terrorisme est-ce le justifier ?

Publie par imaradan le novembre 18th, 2015 dans la categorie Actualité en questions Tags: , , , , ,  •  2 Commentaires

Le terrorisme, comme toute forme de violence extrême, est un défi pour la raison. Il paraît aveugle ou gratuit, par le caractère inouï de la cruauté mise en œuvre et l’effroi produit. Et pourtant, il obéit à une logique, à un calcul rationnel, et il est déterminé par des causes objectives.

Le cœur et la raison, d’abord, et encore. Face aux attentats, en chacun de nous s’installe un dialogue tendu entre cœur et raison.

Le cœur, brisé par la douleur, crie : « Quels barbares ! Quels monstres ! » pour traduire son incompréhension. Le cœur pleure, le cœur se met en colère. L’effroi paralyse la raison, et l’émotion submerge le cœur.

Mais la raison, en sourdine, résiste et insiste : « Comment est-ce possible ? Pourquoi tout ça ? Je veux comprendre ! » D’abord parce que comprendre c’est mieux réagir et combattre l’ennemi, éviter de tomber dans le piège tendu, déjouer les calculs du terroriste manipulateur. Et puis parce que la raison veut comprendre et expliquer ; c’est même son instinct naturel, qui cherche les causes des effets, les responsabilités, les erreurs et les fautes.

La raison veut comprendre la logique d’une horreur que le cœur refuse de comprendre. Alors la raison enquête froidement sur les causes et les raisons du terrorisme. Lire la suite »

Francis Métivier : « Il n’a jamais été démagogique d’illustrer une idée philosophique par une œuvre d’art »

Publie par imaradan le novembre 9th, 2015 dans la categorie Actualité en questions, Philo live  •  Pas de commentaires

Philosophe et musicien, Francis Métivier sera à 20h au MK2 Grand Palais vendredi 13 novembre pour Rock’n Philo. Thème de la soirée : « Aimer nous rend-il nostalgique ? »
Tout un programme, qui permet de travailler autrement celui de terminale. Interview. 

P. Ghrenassia : En quoi consiste Rock’n Philo, votre concert rock autour d’un thème philosophique ?

francis métivierIl s’agit d’expliquer les idées grandes du programme de philo de terminale en les illustrant par des morceaux rock que j’interprète en live. L’ensemble possède un fil conducteur : une question. Ce vendredi :  » L’amour nous rend-il nostalgique ? « . La question renvoie elle-même à des notions du programme. Ici : le désir, la conscience et le bonheur, notamment.

P.G. : Dans l’imagerie du rock, le rocker n’est pas synonyme de sagesse, bien au contraire ! Alors comment concilier les deux ? Y-aurait-il une sagesse du rock ?

Les rockers sont-ils si irrationnels que cela ? Pensons à Patti Smith, au message qu’elle délivre à son public, en fin de concert, depuis plusieurs années : « Vous êtes l’avenir, et l’avenir c’est maintenant ». C’est selon moi une affirmation très sage. Et les philosophes ? Sont-ils vraiment sages ? Pensons à la vie de Diogène ou à la pensée de NietzscheLire la suite »